KAMEREON

Message de Mort

 Fiction réalisée dans le cadre du défi n°1 de Kamereon : l'introduction est de Misu tandis que le reste de la fiction est écrite par Crystal. Le thème tourne avant tout autour de l'action et de la magie.

 Premier acte

Une légende controversée


Dans le monde d’aujourd’hui, dans un monde ou technologie et science sont maitre du monde quelques enfant jeunes naissait avec d’étrange pourvoir, reportant à aucune logique, toujours plus surprenant les uns que les autres ainsi que dangereux pour des personnes normal. Créant ainsi des bandes de couleurs différente, représentent leur pourvoir, qui chercher à détruire les uns les autres. Pour maintenir la paix dans les rue de la ville, le gouvernement décida de crée une école ou serait envoyer ses enfants étrange, les exilent. Malheureusement un humain tout à fait normal fut admis dans cette écoles d’écrite spécialiser pour les surdouée, afin que le monde extérieure ne vienne pas déranger les élèves sur leur îles encore inexploré. Ce personnage rentra alors dans un endroit qui allait bouleverser sa vie, en allant sur ile, la légende se fit entendre:

Rouge comme le feu,

Bleu comme l’eau,

Blanc comme l'air,

Vert comme la terre,

Celui qui n’a pas de pouvoir

Pourra maitriser celui des cartes

Et grâce aux chevaliers

Il deviendra le Souverain

De Neverland.

Une légende scella leurs destins pour l’éternité…

« Alors, Bob, on arrive en retard en cours ? »

La remarque d'un camarade de classe supérieure faite d'une voix grinçante et traînante n'en irrita que plus le jeune homme quand il passa d'un pas pressé. Il ne s'appelait pas réellement Bob, mais inutile de tenter de leur faire vainement comprendre quoique ce soit, surtout quand on a des difficultés à parler à cause de certains soucis d'orthophonie. Lorsqu'il avait été envoyé sur cette île, il n'avait tout d'abord pas compris la raison de tout ceci, ne se trouvant pas semblable à ces personnes, puis la légende qui se racontait sur les embarcations avaient tôt fait de l'intriguer et en partie de l'émerveiller. Il pensait que ce serait une de ces écoles de magies fantastiques que l'on retrouve dans les livres.

Mais ledit établissement de Neverland n'avait rien de merveilleux, cela ressemblait en réalité plus à une pension remplie d'élèves revêches qui n'hésitaient pas un instant à s'en prendre au plus faible, et "Bob" faisait partie de la liste des plus faibles. Serrant un peu plus son sac contre son torse – en effet il avait appris qu'un sac dans le dos était la porte ouverte à toutes sortes de brimades telles que vol de sac ou déversement d'affaires gratuit en plein dans les couloirs – il accéléra le pas en direction de la salle de cours. Était-ce sa faute s'il avait été enfermé dans les toilettes juste avant l'examen ? Franchement...

« Je vous prierai de ne pas arriver en retard la prochaine fois », souffla simplement le professeur d'un œil sévère en voyant soudain son élève apparaître en plein milieu de l'examen.

Bob rougit maladroitement, se dirigeant au pas de course à sa place située à l'arrière de la classe, un peu en retrait du reste des élèves qui riaient sans la moindre gêne. N'était-ce pas le rôle d'un professeur de les arrêter ? Sur l'estrade devant le tableau se trouvaient quatre personnes : une jeune femme aux longs cheveux bleus et au corps de rêve était assise sur le rebord du bureau, à moitié de dos à la classe, observant d'un oeil avisé ce qu'il se passait juste devant le bureau ; un garçon aux fins yeux verts et à l'allure féline assis à la chaise de bureau jouait avec une feuille tout en suivant comme il pouvait malgré son désintérêt l'examen ; un autre encore avec des cheveux blancs se tenait en retrait, le regard sévère et les bras croisés ; enfin, la dernière était une demoiselle au sourire rayonnant accoudée au bureau qui, avec ses grandes couettes blondes, avait tout d'une petite fille malgré ses formes de demoiselle en devenir.

Ils ne faisaient pas partie de la classe, à force de se faire brimer à longueur de journées Bob reconnaissait à peu près tous ceux qui étaient assis dans cette salle, au contraire ils paraissaient plus âgés et surtout portaient tous un foulard caractéristique attachés selon leurs envies : la demoiselle bleue en avait un turquoise autour des hanches, le garçon félin en avait un vert autour du biceps, l'albinos en retrait en avait un blanc au poignet et enfin la blondinette en avait un rouge en bandana. Ces simples accessoires avaient tout pour démontrer qui ils étaient : ils étaient les fameux représentants des classes spécialisées, chacun spécialiste donc dans une magie différente. Eau, Terre, Air, Feu, le compte était bon. Un élève s'était avancé devant le bureau tandis que Bob détaillait les jeunes gens au tableau.

« Bien Joël, montre-nous ce que tu as préparé. »

Ledit Joël adressa à Bob un sourire narquois. C'était un garçon de la pire espèce, au grand regard innocent et aux sourires doux qui cachaient une personnalité mauvaise et manipulatrice. Il se retourna vers le tableau, bombant le torse avec fierté comme si cela suffisait à démontrer sa supériorité. Il n'y avait pas grande chose en réalité à "préparer" pour l'examen, il suffisait simplement de montrer une magie que l'on avait appris et on passait immédiatement en classe spécialisée selon nôtre don. Inutile, donc, de vouloir essayer de faire mieux que les autres, le professeur ne verrai ceci que comme de la vanité. Et cela, Joël en était plutôt conscient, car il se contenta sans doutes comme beaucoup d'autres avant lui de tendre les mains de part et d'autre, s'élevant alors du sol... mais de plusieurs bon centimètres.

Les élèves admiraient la distance entre le sol et ses pieds avec des airs surpris. Il n'était pas aisé de manipuler l'air en réalité, beaucoup étaient capable de supprimer les sons ou de marcher à peut-être cinq centimètres du sol, mais Joël était parfaitement au dessus de tout cela. Il s'assit sur l'air avec un léger sourire en voyant alors le professeur écrire quelque chose sur son cahier, puis l'homme se tourna vers l'élève de classe spécialisée aux cheveux blancs, lequel décolla enfin son dos du tableau pour passer de l'autre côté du bureau tandis que Joël revenait à terre. Il avait une bien étrange conception de ce qui était "éviter de sembler vaniteux" décidément...

« Spécialisation air », se contenta d'annoncer le professeur d'une voix monotone.

Il devait faire ceci à longueur de journée une fois les cours de base assimilés par ses élèves et n'avait guère l'air enchanté par ceci. Le jeune homme albinos sortit un foulard blanc comme neige de sa poche qu'il tendit à Joël. Fier comme un paon, le blond au regard innocent s'empressa de le nouer autour de son cou pour littéralement parader jusqu'à arriver à sa place. Bob poussa un soupir désabusé : c'était pour cela qu'il n'avait jamais aimé les établissements scolaires, il y avait trop de gamins imbus de leur personne.

« Bien, c'est donc maintenant le tour de notre retardataire. »

Bob rougit soudain en entendant résonner la voix du professeur. Les élèves se tournèrent vers lui avec des sourires moqueurs, prêt à le brimer à la moindre occasion. Il aurait pu s'élever à un bon mètre du sol pour montrer sa supériorité sur Joël que les autres auraient trouvé le moyen de le brimer tout de même. Enfin, il n'aurait pas à faire tant d'effort, car en effet il y avait un soucis...

« Montre-nous ce que tu as préparé. »

Le silence suivit cette phrase. Bob avait resserré les pieds avec embarras et s'était lancé dans la contemplation de ceux du professeur avec le plus grand des embarras. L'homme releva ses lunettes sur son nez d'un air impatient.

« Alors ?

-Je... »

Les élèves se penchèrent sur leur bureau : il était rare d'entendre parler Bob, ce n'était pas pour rien qu'on l'avait appelé ainsi, mais forcé de s'exprimer le jeune homme bien gêné se força à articuler tant bien que mal en parlant lentement sous le regard inquisiteur du professeur.

« Je n'ai pas réussi à faire de magie... »

Il n'y eut pas un rire dans la classe. Un instant, Bob cru que les élèves l'avaient compris ou pris en pitié. L'instant d'après, il s'imagina qu'en réalité personne n'avait entendu. Mais le professeur affichait une mine consternée qui embarrassait le jeune homme. Bob se retourna pour voir avec stupeur les visages d'horreur qui le fixaient : tout le monde sembla soudain terrifié, même Joël en avait laissé tomber sa mâchoire et fixait son camarade martyrisé avec toute la stupéfaction dont était capable son visage. Bob ferma les yeux en tentant de se rassurer, répétant ce petit bout de légende pour se réconforter : celui qui n'a pas de pouvoir pourra maîtriser celui des cartes. Celui des cartes, oui, mais qu'est-ce que cela signifiait ?

Le professeur se racla alors la gorge, reprenant tant bien que mal consistance. Il se dirigea vers le bureau pour s'y appuyer et noter quelque chose au niveau du nom de Bob sur la liste des élèves. Les jeunes gens des classes spécialisés avaient failli tomber des nues : le garçon félin s'était relevé d'un air méfiant, manquant de bousculer son camarade albinos qui avait décroisé les bras et prenait un air apeuré. La blondinette semblait à deux doigts de fondre en larme tandis que la jeune femme aux cheveux bleus avait failli tomber du bureau et s'était rattrapée à celui-ci comme pour se tenir derrière et se protéger ainsi de Bob. Le professeur ouvrit le tiroir du bureau et en sorti un foulard noir...

« Retournez à votre place », déclara-t-il d'une mine sombre.

Bob prit délicatement le foulard noir dans ses mains, le visage blanc comme neige tant il avait pâlit à la vu de ce qu'il se déroulait. Méritait-il vraiment tout ceci ? Il ravala sa salive, tenant à peine sur ses jambes, et se dirigea vers sa place. Plus personne ne disait quoique ce soit, plus personne ne le regardait. Personne, excepté Joël qui s'était retourné pour continuer de le détailler avec horreur. Qu'avait-il donc fait ? Oui, il n'avait pas réussi le devoir de fin de trimestre, et alors, était-ce réellement la fin du monde ? Il pensait que le professeur l'aiderai à réveiller son pouvoir et qu'il rejoindrait simplement une classe. La classe de la terre devait être bien, ils avaient l'air tranquilles et discret, c'était bien oui...

Il avait complètement laissé se détendre tous ses membres, non pas par calme mais par terreur. Sa mine était plus pâle que jamais et il sentait de la sueur couler de son front. Son regard retomba lentement sur le foulard noir dans ses mains. La sombre couleur du tissu lui arracha sans qu'il le comprenne un frisson. Que cela signifiait-il ? Il aurait supposé dans un premier temps qu'il rejoindrait une classe spécialisée en retrait pour rattraper son retard et découvrir son pouvoir, c'est ce qu'il aurait attribué à la couleur noir, l'absence de pouvoir. Mais justement, personne n'avait ce foulard dans l'établissement, et personne n'avait voulu se moquer de lui. Au contraire, lorsqu'il regarda autour de lui, tout le monde évitait de croiser ses yeux, même les élèves des classes spécialisées avaient détourné la tête : le garçon de la terre regardait par la fenêtre, la fille de l'eau fixait ses pieds, la blondinette flamboyante s'efforçait de garder le regard collé au plafond et le jeune homme de la classe de l'air avait ramené sa main sur ses yeux comme pour calmer une migraine.

Le professeur lui-même avait fixé son regard sur la liste des élèves avec un silence de mort, mais finalement après de longues minutes qui terrifièrent Bob et étaient insupportables pour lui l'homme mit fin à cet horrible jugement en appelant le nom d'un nouvel élève. L'examen se poursuivit sans encombre, mais les élèves semblaient ne faire que mimer de la bonne humeur. Bob fixa tout le long de l'heure son foulard noir, tentant de trouver une réponse, qui évidemment ne lui vint pas, pas même quand la sonnerie retentit, libérant les élèves qui arboraient fièrement leurs foulards colorés et se précipitaient vers la sortie pour se pavaner avec. Étrangement, cette fois-ci, personne ne bouscula Bob...

Il se releva lentement de sa chaise, prenant son sac qu'il ramena machinalement sur son épaule en oubliant les brimades qu'il subissait constamment, trop choqué par ce qui venait de lui arriver, et se traina hors de la salle dans un pas lent et lourd. Il fixait le sol sans comprendre ce qui lui était arrivé. Sur le chemin en direction du pensionnat, il aurait dû subir bien des moqueries et se faire bousculer à de nombreuses reprises. Mais rien. Il ne bouscula lui-même personne, comme si les gens à la vue du bandeau qu'il avait gardé à la main se reculaient sur son passage. Il entendit vaguement le bourdonnement d'un murmure, mais son esprit était beaucoup trop traumatisé pour qu'il puisse un seul instant tenter de comprendre ce qu'il disait, ou même entendre le silence qui le précédait.

Il monta les escaliers qui menaient à la passerelle reliant le bâtiment du pensionnat à celui de l'établissement, et finit même par accélérer le pas en voyant l'entrée lui apparaître. Il pénétra dans le couloir des chambres au pas de course et ouvrit la porte de sa chambre, la dernière à droite du couloir est, avant de se jeter dans son lit la tête la première. Pourquoi ? Pourquoi il était le seul à qui cela arrivait ce genre de choses ? Il avait entendu parler de cette île bien longtemps avant d'y être envoyé, et la raison était pour le moins étrange...

L'île Pastel, une de ces îles de l'Atlantique qui n'apparaissaient pas sur la moindre carte, avait été réquisitionnée il y a quelques années de cela par l'Amérique pour y envoyer ceux qu'ils considéraient comme dangereux. Ils étaient comparés à de grands sorciers capables des plus terribles choses, comme si les foulards rouges – c'était ainsi que sur l'île étaient désignés ceux qui contrôlaient le feu, la couleur du foulard dépendant du pouvoir chaque fois – étaient capables de lancer des boules de feu ou les foulards bleus aptes à contrôler l'eau du corps humain. Avec de l'entraînement, pourquoi pas, mais souvent cela s'arrêtait pourtant à un simple tour de passe-passe...

L'île avait d'abord été une île-prison où étaient envoyés les quelques jeunes gens qui possédaient ce genre de pouvoirs afin d'empêcher qui que ce soit de les utiliser à mal, comme pour les punir d'être différents. L'île avait acquis une triste réputation à cause de ce qui s'y déroulait alors, les prisonniers qui y étaient envoyés s'entretuaient littéralement, les pires choses se déroulèrent dans ce lieu de non-droit. Cannibalisme, viols... Terrifié par cela, le gouvernement tenta d'oublier l'île, fit l'aveugle et le sourd pour laisser les hommes qui s'y trouvaient finir de s'entretuer. Mais voilà, on ne peut échapper éternellement à la réalité : en effet, de nombreuses années plus tard, les fameux enfants de la légende étaient nés, ceux qui étaient nés avec ces pouvoirs.

Personne ne sait d'où provient cette étrange magie, mais comme terrifiés par l'inconnu les gouvernements les considéraient comme dangereux. Ils les envoyaient ainsi dès leur pouvoir découvert dans l'île comme pour s'en débarrasser. Mais comment laisser se mourir des enfants ? Afin d'éviter le soulèvement des parents contre cette politique, les gouvernements décidèrent de faire un compromis : ils créèrent une école sur l'île afin de permettre aux enfants d'y vivre. De nombreux parents tentèrent de refuser d'envoyer leurs enfants là-bas, mais lorsque quelques catastrophes survinrent, notamment la création de quatre gangs de couleur qui s'entretuaient dans les rues de New York ou d'autres grandes villes du genre, il ne fut plus question de l'amour des parents...

Tous les enfants étranges étaient donc envoyés dans cette école, tenue à la grande surprise de certains par les prisonniers adultes qui étaient parvenus à survivre à leur exil en récréant une forme de société entre eux. Cela semblait irréaliste lorsque les militaires les avaient découverts, mais certains des survivants s'étaient alliés et avaient créé une petite société d'humains qui s'entraidaient en développant leur pouvoir et se rappelant la culture de leur pays afin de ne pas perdre la tête. Accompagnés par quelques adultes qui avaient fuit la loi à l'époque où tant avaient été prisonniers, ils devinrent l'élite enseignante de l'établissement-prison. Il donnait l'illusion d'un établissement normal afin de rassurer les familles mais empêchait les élèves de revenir au monde réel, tel était ce qui se disait dessus, et pourtant personne ne pouvait se lever contre cette loi. Pas même Bob.

Car il savait pertinemment depuis le début qu'il n'avait aucun pouvoir. Ce n'était qu'un accident qui avait provoqué cela, une explosion de feu été survenue dans son quartier, rendant tous les enfants présents suspects de cet acte "illégal". La police avait tout d'abord écarté des suspects ceux qui étaient chez eux, Bob était au parc ; ils avaient ensuite retiré ceux qui étaient dans la vision d'un adulte qu'ils ne connaissaient pas, il était uniquement avec des enfants ; finalement, les plus éloquents étaient parvenus à échapper à la sentence, mais il était incapable de parler correctement, d'autant plus sous l'effet de la peur.

C'est comme cela qu'il s'était retrouvé quelques temps plus tard sur Ellis Island, envoyé par bateaux à cette île qui servait à présent, dans le secret, à envoyer ces jeunes gens sur l'île qui avait été surnommée "Neverland", l'île dont personne ne revenait, les Terres du Jamais. Il avait pensé à force de regarder les enfants que c'était presque excitant... mais il n'avait aucun pouvoir, il n'était pas comme eux. Si différent d'eux qu'il les terrifiait à présent et portait dans sa main cet horrible foulard noir comme s'il était marqué au fer. Il aurait pensé qu'il ne souffrirait jamais de ne plus être embêté par les autres enfants, mais il préférait encore être brimé plutôt que redouté comme la peste.

Alors qu'il pensait être seul dans le pensionnat – de toutes façons personne ne s'inquièterait de l'absence du terrible foulard noir en cours – il entendit soudain la porte du couloir s'ouvrir. Elle pivotait avec un tel grincement strident et lent que tout le monde pouvait l'entendre des quatre coins de l'établissement, chose très embarrassante quand il advenait qu'une urgence fasse que quelqu'un doive l'ouvrir en pleine nuit. Il n'y prêta pas d'abord attention, le visage encré dans son oreiller et la main serrée sur son foulard, mais il entendit peu à peu des bruits de pas s'approcher. C'était un pas lourd et régulier, sans doutes celui d'un individu de sexe masculin et d'une certaine stature, en tous cas certainement pas une jeune fille ou un camarade de petite taille. Il aurait pu une fois de plus l'ignorer, mais il ne pouvait laisser passer le fait que la porte de sa chambre s'ouvrit alors.

« Vous allez bien ?

-V-votre avis », balbutia difficilement mais sèchement le garçon en reconnaissant la voix de son professeur.

L'homme referma la porte derrière lui et s'avança dans la petite pièce. Les chambres étaient particulièrement petite, en vérité le lit – qui faisait deux petites places malgré tout – ne laissait qu'un bien petit passage entre les quelques meubles. Une armoire pour ranger les vêtements, une commode pour les affaires diverses et que les filles utilisaient pour leur maquillage avec un miroir au dessus et un large fauteuil ancien, comme de vieux meubles qui avaient été recyclés en étant légués à l'établissement lors de sa création. Le professeur s'assit dans le fauteuil en question et resta de longues secondes silencieux. Bob pouvait entendre sa respiration posée bien caractéristique de cet homme plein d'ennui qui semblait aussi peu intéressé par ses propre cours que par la dernière mode à en voir son éternel costard cravate qu'il ne quittait jamais et qui devait dater à présent.

C'était le professeur le plus connu de l'établissement et pourtant pas forcément le plus apprécié, en effet personne ne pouvait ignorer le nom du professeur Duncan qui se chargeait de l'éveil à la magie et de ses fondements, responsable en d'autres terme de tout ce qui pouvait concerner l'enseignement basique. Tout le monde l'avait eu pendant une partie de sa scolarité, et pourtant lorsqu'il s'agissait de parler du professeur le plus populaire on l'oubliait souvent dans la liste. Il avait des poches très marquées sous les yeux et de longs cheveux noirs attachés en queue de cheval si serrée que souvent on en oubliait qu'il les avait si longs ; son visage était souvent couverts d'une barbe de trois jours qui ne faisait pas si entretenue que cela et son côté plutôt laxiste le faisait même passer inaperçu lorsqu'il déambulait dans les couloirs. D'ailleurs personne ne devait avoir remarqué qu'il s'était dirigé vers les dortoirs.

« Avez-vous eu vent de la légende qui existe sur notre établissement ? »

Bob ne répondit pas à sa question. Évidemment qu'il l'avait entendue, c'était l'histoire que tous se racontaient sur les embarcations qui allaient en direction de l'île. Il tourna la tête sur son coussin pour ne pas voir le professeur, mais même s'il avait eu mis les mains sur les oreilles cela ne l'aurait pas empêché de l'entendre.

« Quatre d'entre nous, un pour chaque couleur et pour chaque type de pouvoir, doivent être unis un jour avec quelqu'un qui ne possède aucun pouvoir qui aurait été envoyé sur l'île. Vous savez cela, je n'en doute pas. Mais chez les élèves c'est devenu plus une prophétie qu'une légende, et la suite est pour le moins inquiétante.

-Ne p-parlait-elle... pas de cette personne qui... devait devenir Souverain de Neverland ?

-C'est ce que vous auriez voulu ? »

La réponse un peu soudaine du professeur plongea Bob dans un silence dubitatif. Quel intérêt d'être Souverain d'une île exilée, d'autant que cela avait un peu des consonance de tyrannie ou de guerre et il était bien le dernier qui aurait, étrangement, voulu diriger qui que ce soit. Il tourna la tête cette fois-ci dans la direction de Duncan, mais ne quitta pas pour autant le moelleux de son oreiller. Le professeur avait croisé les bras et les jambes comme à son accoutumer lorsqu'il s'asseyait, et le fixait d'un air un peu froid mais pourtant pas malveillant.

« La plus grande partie de cette prophétie est un mystère à cause des ouïe-dire, on ne sait même plus qui a lancé à l'origine cette légende. Venant d'une prophétie, il serait logique de dire que quelqu'un l'a prédit d'une façon ou d'une autre, néanmoins les rumeurs vont vite sur l'île. »

Bob tenta d'articuler une question mais s'embrouilla dans ses morts. Duncan n'en paru ni surpris si désarçonné, il était bien un des rares qui comprenait étrangement facilement le pauvre enfant.

« Et donc, puisque vous le demandez, il s'avère qu'il existe une suite de la légende. Vous n'en avez sans doutes pas entendu parler puisque vous aviez été brimé dès votre arrivée.

-Génial, bafouilla Bob en enfonçant à nouveau le nez dans le coussin.

-Plutôt en effet. »

Le jeune homme décolla à nouveau le visage de l'oreiller pour fixer Duncan avec un air parfaitement indifférent voire plutôt consterné. Le professeur se mit soudain à rougir malgré son manque d'expression : il lui arrivait de lâcher soudain une phrase comme ça comme en essayant de faire une blague, évidemment le genre de plaisanterie qui ne faisait pas rire puisqu'elles n'étaient pas comprises... ou n'avaient de sens que pour lui, effectivement. Il se racla bruyamment la gorge comme pour détourner l'attention de Bob et repris aussitôt :

« Il est dit qu'il y a une raison précise pour laquelle nous avons été envoyés sur cette île. »

Duncan utilisé la personne "nous" en se sachant parfaitement concerné puisqu'il faisait partie de ceux qui avaient été envoyés plusieurs années auparavant sur l'île mais avaient tout de même survécu. Il n'en parlait pas, ce qui évidemment n'ajoutait rien à sa célébrité, et pourtant il avait dans le regard cette maturité plus notable encore que chez bien d'autres adultes que les jeunes gens avaient pu connaître. Bob laissa échapper un rire jaune.

« Parce qu'elle est p-perdue au milieu de nulle part ?, articula-t-il.

-Je suppose que ça aurait dut être la raison première, mais il y a tant d'îles perdues que certains ont fini par se persuader qu'il devait y avoir un autre critère de sélection, surtout en sachant que ce n'est pas l'île la plus éloignée de toute terre habitée. »

Cette fois-ci Duncan piqua la curiosité de Bob. Le garçon se redressa en le fixant d'un regard inquisiteur, l'invitant à poursuivre son histoire. Le professeur ne se fit pas prier, fermant les yeux tandis qu'il commençait à expliquer d'une voix posée :

« Les suspicions ont fini par devenir conviction lorsqu'un de mes collègues a laissé échapper une rumeur à propos de quelque chose qui se serait déroulé alors que nous étions nous-même prisonniers sur cette île étant plus jeune. Il est advenu qu'une personne qui n'avait pas de pouvoir comme toi tombe sur nos terres. »

Les yeux de Bob s'élargirent pour laisser apparaître leur discrète couleur cuivre, et il sembla un instant à la lumière que de l'humidité y avait fait place. Il ne pouvait empêcher à cet instant son cerveau de traiter les informations que lui donnait Duncan de sa voix grave et posée, et pourtant il aurait voulu un instant pouvoir fermer ses oreilles à toute intervention sonore de la part du professeur, passionné et pourtant angoissé par ce qu'il commençait à lui expliquer. C'était d'une certaine manière comme s'il parlait de lui à cet instant, quelque chose d'à la fois terrifiant et indispensable.

« Cet homme était un aviateur, il n'y avait à priori personne qui puisse savoir où il était tombé d'après ce qu'il nous dit lorsque nous l'avons trouvé, l'équipement de son avion avait littéralement explosé en plein vol. Nous n'avons tout d'abord pas réfléchi à ce qu'il nous disait alors, c'est plus tard seulement que nous avons compris qu'il ne nous avait en vérité rien dit sur son accident. Je suppose qu'il était volontaire. »

Le professeur releva un instant les yeux vers Bob, celui-ci s'était assis sur le lit tout en tenant toujours son oreiller dans ses bras, fixant avec de grands yeux Duncan. Il semblait presque ne rien fixer, comme s'il s'était déconnecté de tout, mais un léger sursaut qu'il eut lorsqu'il remarqua que l'homme ne poursuivait pas son récit finit par rassurer ce dernier sur sa totale attention.

« Cet homme, poursuivit Duncan, avait quelque chose d'étrange dans sa façon de se comporter, mais personne n'y faisait attention, après tout il n'avait rien à faire sur cette île et devait être parfaitement perdu. C'est ce que nous nous sommes dit jusqu'à-ce que cela arrive. Avant que cet homme ne vienne, dans l'ensemble, nous nous étions entraidés pour nous rassurer contre le fait que nous avions été exilés, malgré notre jeune âge, sur une île abandonnée juste à cause de pouvoirs dont nous ne connaissions pas l'origine. Nous avions travaillé à essayer de contrôler cette part inconnue de nous pour nous permettre de survivre dans notre petite communauté. L'arrivée de cet homme en avait rassuré plusieurs, il était la figure du père que nous n'avions pu avoir pour nous rassurer. Mais ce n'était pas si simple que cela. »

Il sembla un instant réfléchir à la suite de son récit, puis poursuivit d'une voix plus rapide :

« Si aucun homme sans pouvoir n'était resté sur cette île lorsque nous avions été envoyés dessus ce n'était pas juste parce qu'ils avaient peur que nous utilisions nos pouvoirs contre nous parce qu'ils savaient pertinemment que nous n'étions pas immortels et qu'il aurait suffit d'un homme armé pour nous maintenir, et ils étaient nombreux à penser qu'il aurait fallut faire cela car en effet ils craignaient que les représentants de l'eau et de l'air ne soient pas arrêtés par de simples barrières naturelles. »

Bob esquissa un léger sourire plutôt involontaire : quand bien même il n'ait pas de pouvoir, il avait appris beaucoup à ce propos, peut-être même plus que certains de ses camarades qui n'avaient pas jugé important de plus se pencher sur l'utilité des pouvoirs puisqu'ils étaient rapidement parvenus à maîtriser les leurs, et s'il y avait bien une chose que l'on pouvait apprendre dans les livres que certains des professeurs avaient rédigés pour les générations suivantes dans leur attente solitaire c'était bien que les pouvoirs avaient d'importantes limites, liées d'ailleurs au corps. Quiconque essaierai de faire la distance qui séparait l'île du continent avec ses pouvoirs aurait fini complètement épuisé et se serait noyé, c'était évident, il était déjà difficile tout simplement de s'éloigner de la zone où on avait pieds sur la plage.

« Mais, reprit le professeur, il y a une raison précise pour laquelle ils nous ont envoyés sur cette île : ils sont persuadés qu'un gaz quelconque rend ses habitants fous.

-Un gaz ?, laissa échapper Bob avec une fluidité due à la surprise qui l'étonna lui-même.

-Un gaz, confirma Duncan, enfin c'est ce que les scientistes ont supposé cela va de soi. Mais après la découverte de nos pouvoirs il était évident que les mystères que nous n'avions pu éluder étaient peut-être en lien avec une quelconque "magie". Il s'est avéré que c'était le cas pour ce qui se trouvait sur cette île. »

Bob déglutit avec difficulté face à cette dernière phrase. Duncan, quant à lui, appuya ses coudes sur ses genoux et appuya sa lèvre supérieure contre ses mains croisées, l'air sombre.

« C-ce qui se trouvait sur cette île ?, répéta lentement le garçon.

-Il s'avère que nous sommes sans doutes immunisés, d'une manière quelconque, contre son intervention, mais les êtres sans pouvoirs comme vous c'est une toute autre histoire. Il vous débusque comme un animal et profite de cela pour contrôler votre corps et votre esprit. »

Le garçon eut un soudain frisson incontrôlable qui le fit presque se relever, mais cela n'arrêta pas Duncan qui semblait lancé dans son récit comme s'il souhaitait à tous prix en finir au plus vite, presque apeuré.

« C'est ce qui est arrivé à cet aviateur, je pense qu'il était contrôlé depuis que nous l'avions rencontrés. Il a d'abord fait bonne figure auprès de tous, mais peu à peu il commençait à nous parler individuellement. Je ne m'en suis rendu compte que bien trop tard, mais il glissait habilement dans ses phrases des insinuations et nous montait les uns contre les autres. J'étais naïf, je ne m'en suis pas rendu compte, mais un certain nombre d'entre nous ont été influencés par son piège.

-Et v-vous vous êtes en-entretués... », acheva Bob qui se doutait que cela était lié à la part d'histoire des êtres qui avaient des pouvoirs.

Duncan hocha froidement la tête. Il se redressa en prenant une grande inspiration et poursuivit brièvement pour achever son récit :

« L'aviateur est mort dans un accident qu'il y eut lors d'une confrontation entre deux d'entre nous. Suite à cela, les esprits se sont lentement calmés, et même si nous étions bien moins nombreux nous avons tenté tant bien que mal de reprendre notre premier plan : survivre. Nous nous sommes entraidés pendant les années qui suivirent, terrifiés à l'idée que tout recommence, mais personne d'autre n'est arrivé. Jusqu'à-ce que d'autres personnes soient envoyés sur l'île : ceux qui avaient fuit la politique de l'époque qui avaient été envoyés ici pour pouvoir vous prendre en charge. »

Bob baissa la tête, angoissé. Alors cette histoire de légende qui semblait merveilleuse avait en réalité un fond plus que terrifiant. L'élu était en réalité un être qui n'avait aucun pouvoir pour se défendre contre cette sorte d'esprit qui prenait possession d'autrui et manipulait pour provoquer le chaos. Duncan ne poursuivit pas, comme si ses explications étaient à présent achevées, mais il semblait à Bob qu'il manquait quelque chose de capital. Il releva soudain la tête alors qu'il se répétait plus tôt la légende à voix basse :

« Et l-le pouvoir des cartes ? »

Duncan releva la tête et il sembla un instant que ses yeux s'étaient emplis de surprise. Il chercha un instant des yeux dans la pièce comme si celle-ci s'était transformée en une représentation de sa mémoire, mais ne trouvant pas de réponse à la question il poussa un long soupir angoissé.

« Cette part de la légende est un mystère. En vérité, une seule personne pourrait en connaître la signification : celle qui a écrit la légende.

-Qui est... ?

-Elza Fon Hertz. »

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