Message de mort
Fiction réalisée dans le cadre du défi n°1 de
Kamereon : l'introduction est de Misu tandis que le reste de la fiction
est écrite par Crystal. Le thème tourne avant tout autour de l'action et
de la magie.
Deuxième acte
Maîtriser les cartes
Bob ignora les regards qui se tournaient et détournaient sur son passages. Certains élèves le fixaient avec terreur tandis que d'autres préféraient jeter la tête en direction de la fenêtre ou du sol pour s'assurer de ne pas croiser son horrible vision. Il se sentait comme incroyablement puissant, comme un terrible empereur qui avait la possibilité de mettre à ses pieds n'importe qui. Et pourtant, cette position presque de Souverain de Neverland, comme le prétendait la stupide légende qui lui collait à la peau, ne faisait que l'angoisser et l'agacer. Malgré tout, il avait fièrement attaché le foulard noir autour de son front pour retenir sa crinière blonde, et se pavanait presque pour montrer cette fatalité à tous. Regardez-moi, je n'ai pas de pouvoir, j'ai moi aussi un bandeau mais il est noir, comme mon destin ! Il esquissa presque un sourire à cette pensée. Oui, tout le monde devait penser cela en le voyant passer, mais cela avait comme une importance capitale pour lui d'arborer son foulard de cette façon.
Il croisa au détour d'un couloir des élèves de sa classe, enfin, de son "débarquement" puisqu'en réalité les classes étaient formées ainsi. La plupart d'entre eux se détournèrent soudain en suant à grosses gouttes. Regrettaient-ils leurs précédentes brimades ou étaient-ils juste instinctivement terrifiés par le machiavélique Souverain ? Il croisa soudain le regard de certains élèves qui néanmoins s'étaient tus et avaient reculé à son arrivés. Ils retinrent des cris et se détournèrent aussitôt. Alors ça, c'était le pompon, presque suffisant à faire éclater de rire Bob. Enfin, presque. Il haussa les épaules et avança sans se soucier du moindre obstacle, tous s'écartant sur son passage comme s'il avait la peste. Il entra dans la salle de classe devant laquelle tous attendaient : à l'intérieur, les quatre élèves d'année supérieure qui s'étaient portés volontaires pour donner, accessoirement, leurs foulards aux élèves pendant l'examen étaient en train de conseiller un garçon qui portait son bandeau vert en collier pour lui permettre de trouver son affiliation, une sorte de spécialité que chacun avait dans l'élément qui lui correspondait.
Tous se retournèrent soudain vers l'entrée en entendant les uniques bruits de pas du garçon au foulard noir, et comme si un soudain vent glacé avait pénétré la pièce à son arrivée ils se figèrent. La maîtresse du feu ramena même ses mains sur ses bras, comme pour se protéger du gel. Alors, les regards s'évadèrent de tous côtés et il ne resta que le garçon apprentis pour fixer Bob avec horreur. Le garçon haussa à nouveau les épaules : il avait l'étrange impression de l'avoir fait un bon millier de fois depuis ce matin. Il s'avança naturellement vers les quatre maîtres, ignorant royalement l'apprenti qui se recula avec un cri lorsqu'il passa à côté de lui.
« Je ch-cherche quelqu'un », articula-t-il en venant vers eux.
Aucune réponse, évidemment. Il poussa un soupir en levant les yeux au ciel, ramenant ses mains sur ses hanches et écartant légèrement les pieds comme d'un air de dire qu'il ne décamperai pas d'ici tant qu'il n'aurait pas eu de réponse. Finalement, le maître de l'air releva lentement les yeux vers lui, angoissé même si son regard sévère donnait presque l'impression qu'il était plutôt en colère. Bob lui sourit, presque amusé par cette réaction ; enfin, il ne voulait pas non plus avoir à subir cela tous les jours, mais ce soudain changement avait quelque chose de particulièrement ironique.
« Quel est son nom ?, murmura le maître de l'air.
-Elza... qu-quelque chose.
-Fon Hertz ?! »
Le maître de l'air et Bob se tournèrent vers la maîtresse de l'eau. Celle-ci s'était presque étranglée en disant cela. Elle rougit soudain et détourna à nouveau la tête, se plongeant dans un profond silence comme pour redevenir une statue de glace. Le maître de l'air tourna cette fois-ci un regard décontenancé vers Bob qui détacha son regard de la jeune fille pour lui adresser à nouveau un large sourire, toujours bien campé entre lui et l’apprenti qui regardait ses camarades à l'extérieur avec interrogation.
« C-c'est ça, confirma-t-il. Elza Fon... Hertz.
-Elle se trouve dans les sous-sols... »
Bob tourna la tête vers la maîtresse du feu qui venait alors de prendre la parole d'une voix tremblante. Elle avait toujours les mains collées sur les bras mais le fixait à présent avec un regard inquiet et humide. Le maître de l'air avança d'un pas vers Bob comme pour détourner son attention de la jeune fille qu'il semblait étrangement protéger – et étrangement cela n'échappa pas au garçon au foulard noir qui trouvait quelque chose de fascinant dans l'observation de son environnement du point de vue d'un Souverain craint – et lui indiqua alors l'entrée de la salle.
« Une fois sortie, prend le couloir sur la gauche, tu trouveras au bout juste avant de changer de couloir une porte. Elle te mènera aux sous-sols, son bureau personnel se trouve à la sixième porte à droite. »
À nouveau un large sourire se dessina sur le visage du garçon qui était pourtant brimé auparavant et semblait presque respecté d'après la manière dont les élèves de niveaux supérieurs s'adressaient à lui. Il se retourna avec un léger rire et marcha à nouveau de ce pas plein d'assurance en direction de la porte où les élèves s'écartèrent précipitamment.
« Merci ! », lança-t-il bien fort en sortant de la salle.
Il y eut comme un vent de soulagement parmi les élèves qui le virent alors s'éloigner dans le couloir de gauche. Il avait passé la veille une après-midi et une nuit terrible à se torturer l'esprit à la recherche d'une réponse à ses questions les plus angoissantes, il en était même venu à se demander s'il n'était pas déjà contrôlé par cet être terrifiant dont Duncan lui avait parlé, après tout l'aviateur semblait avoir été contrôlé dès le départ. Mais cette angoisse s'était soudain transformée quasiment en une douce folie, en fait il se semblait étrangement léger, comme s'il se rassurait du fait que de toutes façons il n'avait plus rien à perdre, même si étrangement cela ne lui était pas passé à l'esprit.
Il surpris quelques élèves qui ne devaient pas être encore au courant de l'arrivée du fameux foulard noir dans l'établissement tandis qu'il se glissait parmi les jeunes des années supérieures pour rejoindre la fameuse porte qui devait le mener aux sous-sols. L'énorme porte en bois lui rappelait vaguement ce film à propos d'une école de sorciers qu'il avait vu lorsqu'il était encore avec ses parents. En effet, il avait plusieurs fois comparé l'île de Neverland à l'école de ce film passionnant, mais au lieu d'être le survivant qui devait sauver tout le monde il était plutôt le souverain qui allait tous les détruire ici... Et accessoirement, à force de vivre ses journées dans cet endroit, il se rendait bien compte que bien des choses différenciaient cette histoire de celle du livre.
La porte n'opposa pas la moindre difficulté à la légère poussée de Bob, et s'ouvrit grandement sans le moindre grincement à sa grande surprise. Devant lui s'étendait alors un escalier en bois qui avait été renforcé en dessous par de la pierre, mais étonnamment une fois de plus le bois n'était pas humide comme on l'aurait imaginé de celui de sous-sols, au contraire il était plutôt bien sec et ne craquait pas sous le léger poids de celui qui y posa les pieds. Bob resta un instant à l'entrée des sous-sols après avoir refermé la porte et tendit l'oreille : dans l'obscurité ambiante qui rassurait presque le garçon qui ne s'était attendu à rien jusqu'à maintenant, il pouvait entendre un léger vent souffler, comme s'il y avait quelque part une ouverture sur l'extérieur. Possiblement une petite fenêtre qui devait pouvoir être aperçue en suivant les murs de l'établissement par l'extérieur.
Il descendit avec précaution les marches pour ne pas en rater une, puis emprunta le couloir de pierre qui se présenta alors à lui. Des portes très simples se trouvaient de part et d'autre de celui-ci ; il compta à partir de la première en fixant le mur de droite afin de s'arrêter devant la sixième porte, celle qui devait s'ouvrir sur le fameux bureau personnel de ladite Elza Fon Hertz. Il s'arrêta un instant devant la porte en se souvenant de la réaction de la maîtresse de l'eau. Qu'est-ce qui l'avait ainsi faite réagir ? Pour tout dire, Bob n'avait que rarement entendu parler des sous-sols ; certains très bons élèves ainsi que les professeurs y avaient leurs bureaux où ils pouvaient travailler à diverses choses. Il paraîtrait même, d'après les dires, qu'il n'y avait qu'à partir des bureaux qu'il était possible d'envoyer des messages vers le monde extérieur. Bob s'interrogea un instant : s'il avait un bureau, voudrait-il vraiment contacter le monde extérieur ? Ses parents lui manquaient, c'est vrai, mais que pourraient-ils faire à part pleurer ?
En tous cas, cette Elza Fon Hertz devait être un professeur ou une élève de haut niveau pour avoir accès à un tel privilège. Il n'avait pas demandé à Duncan la nature de l'inconnue lorsque celui-ci avait prononcé son nom, pour tout dire ils avaient passé le reste du temps de visite du professeur à se fixer en parlant brièvement de choses sans importance – le menu du lendemain matin et la couleur délavée de la tapisserie avaient été selon Bob les sujets les plus dignes d'intérêt – et n'avaient plus soulevé le sujet de la légende jusqu'à-ce que Duncan doive retourner en cours. Bob avait ensuite passé sa journée à ruminer et réfléchir, mais au final aucune réponse ne lui était venue et celle qu'il avait décidé de visiter lui était parfaitement inconnue. Il hésita un instant à frapper jusqu'à-ce qu'il entende soudain un cri :
« Ennemie du bon sens, stupide créature blanchâtre, fichu vide au milieu d'un rien !! »
Bob écarquilla les yeux mais jugea que cela devait être la voix d'Elza. C'était un timbre plutôt grave pour la voix d'une femme et qui donnait l'impression d'être cassée, comme la voix d'une personne qui aurait trop fumé ou trop crié tout simplement. Elle montait entre deux mots parfois dans les aiguës et semblait avoir un très léger cheveu sur la langue, caractéristique mais bien loin d'être ridicule. Le jeune homme hésita de plus en plus à frapper : elle semblait particulièrement énervée, il ne parvenait pas à savoir contre qui mais si elle était professeur c'était peut-être bien contre un élève. Il déglutit avec difficulté, pour la première fois depuis le début de la matinée il avait complètement perdu son assurance. Pourtant il ne pouvait pas faire demi-tour maintenant. Il donna un petit coup du revers du poing dans la porte pour signifier sa présence.
« … Entrez. »
Cet ordre avait été proféré d'une voix grinçante mais bien plus posée que celle qu'Elza semblait avoir eu plus tôt. Bob s'empressa de poser la main sur la poignée de la porte pour l'ouvrir de peur que la femme ne s'impatiente et s'énerve à nouveau. La pièce était plus sombre encore que les couloirs bien qu'éclairée des mêmes bougies. C'était une sorte de bureau dont les murs avaient été couverts d'étagères en grande partie vides, certaines devant avoir leur contenu parmi les quelques piles de livres empilées sur le bureau. Elza ne se tenait pas près de celui-ci en vérité mais Bob la trouva plutôt campée droite comme un piquet à côté d'une table basse sur laquelle reposaient des feuilles griffonnées à la main. D'après la forme légèrement enfoncée à un endroit du fauteuil bas en tissu qui était posé contre le mur couvert de voiles à côté de ladite table, elle devait se trouver assise dessus un peu plus tôt, sûrement avant qu'elle ne s'énerve.
C'était une femme d'assez petite taille mais d'une minceur qui la faisait semblait étrangement grande, surtout quand on la voyait se tenir si droite, un bras dont le coude touchait la hanche mais se relevait pour tenir à côté de sa tête une feuille blanche, l'autre ramené sous ses seins en triangles qui donnaient à sa silhouette élancée quelque chose d'étrangement charmant. Ses longues jambes étaient légèrement visible sous sa robe en voile affublée également d'une large fente lui remontant à la moitié de la cuisse. Ses longs cheveux tombaient en des mèches désordonnées et abîmées sur les épaules, elle les avait visiblement noirs mais de nombreuses pointes étaient blanches, non pas comme quelqu'un qui se serait teint les cheveux en noir sans couper les pointes mais plutôt comme quelqu'un qui se serait volontairement fait des pointes blanches. Dans l'obscurité, son visage était difficile à discerner, mais Bob sentait son regard braqué sur lui, un regard sans doutes sévère qui le fit se décomposer de plus en plus.
« C'est pour quoi ? », le pressa-t-elle d'une voix grinçante.
Le garçon sursauta, s'empressant de fermer la porte derrière lui : la discussion risquait d'être longue et pour rien au monde il ne voulait lui laisser la moindre chance d'échapper à ses questions. S'avançant vers sur quelques pas, il passa à la lueur d'une bougie ce qui sembla faire réagir Elza.
« Ne bouge plus !
-P-pardon ?
-Recule d'un pas ! »
Bob sembla décontenance : la femme avait soudain tendu le bras pour le faire se stopper et lui indiquait la direction opposée. Il rougit un instant, ne comprenant rien de ce qui lui arrivait, mais finalement recula d'un pas en s'excusant. Elle lui fit à nouveau signe de s'arrêter, et dans l'obscurité des lieux il pu sentir ses petits yeux perçants le détailler avec la plus grande attention. Il regarda ses vêtements avec curiosité, se demandant ce qu'elle pouvait bien admirer ainsi, et remarquant la lueur de la bougie sur lui il releva à nouveau la tête vers Elza avec perplexité.
« Euh...
-Tu portes un bandeau ? »
Le garçon cligna des yeux, et comprenant la nature de cette demande il esquissa un léger sourire, plus nerveux que moqueur contrairement à celui qu'il offrait plus tôt aux quatre maîtres.
« C'est... mon f-foulard... », articula-t-il.
Voyant les yeux de la dame fixer son foulard noir un instant, il cru qu'elle ne pourrait répondre à ses questions et le jetterai d'un instant à l'autre hors du bureau. Mais il la vit alors se déplacer vers l'autre bout de la pièce sans se soucier de l'obscurité ; elle devait connaître par cœur son espace personnel, évitant agilement les meubles et les livres jusqu'à atteindre le fond de la pièce. Là, elle appuya sur un interrupteur, invisible dans le noir aux yeux de Bob, et une soudaine lumière fulgurante exposa les lieux au grand jour. Le garçon ferma les yeux de surprise et mit un moment à les rouvrir. Lentement, très lentement, il parvint à ouvrir suffisamment la paupière d'un œil pour apercevoir la silhouette d'Elza, campée juste devant lui.
Lorsque sa vision s'adapte enfin à la luminosité, il pu admirer à loisir le visage de la dame qui était penché vers le sien. Elle avait de larges cernes noirs sous ses yeux d'un bleu sombre et dont les côtés retombaient, mais ses sourcils fins, inclinés vers l'avant en une expression naturellement sévère, lui donnaient bien loin de l'air d'une femme triste mais plutôt d'une femme stricte. Ses cheveux retombaient en partie sur son visage d'une pâleur impressionnante, et ses lèvres étonnamment blanches étaient pincées en une expression de réflexion intense. À la lumière à présent supportable, Bob pu s'apercevoir que la dame portait autour des hanches non pas un simple voile appartenant à la robe comme il l'avait pensé dans l'obscurité mais un long foulard bleu qui contrastait avec les autres voiles de sa tenue.
« Tu es le garçon sans pouvoir ?
-C-c'est exact, articula plus difficilement que jamais le garçon. Et v-vous êtes E-Elza... ?
-Elza Fon Hertz », confirma la dame en se redressant.
Elle avait déjà quelque chose d'impressionnant dans l'obscurité, mais à la lueur artificielle du lustre elle ne l'était que plus encore et Bob en avait les jambes qui tremblaient horriblement. Il déglutit avec difficulté, s'apprêtant à tenter de poser sa question quand bien même il devine que sa voix tremblante ne lui laisserai que peu de chances d'y parvenir, mais Elza le coupa soudain, le fixant d'un œil sévère.
« Comment as-tu trouvé mon bureau ?
-Be...
-C'est un professeur qui te l'a dit ?
-Aw...
-Crache-le ! »
Le ton soudain plus fort de la femme fit sursauter Bob qui se serait presque oublié sous le coup de la terreur. Il fixait la femme avec de grands yeux terrifiés tandis qu'il tentait tant bien que mal de retrouver ses esprits pour réussir à parler à peu près normalement, même si ses balbutiements habituels semblaient irriter la dame.
« Le professeur Duncan m'a parlé de vous et j'ai demandé la direction à un élève d'une classe supérieure, expliqua-t-il avec plusieurs pauses.
-Et ils t'ont répondu malgré le bandeau ?
-Je n-ne leur... l-laissait p-pas trop... le choix.
-Tu ne peux pas parler un peu plus correctement? »
Bob baissa la tête, fronçant les sourcils cette fois-ci. Il avait serré les poings sous le coup de l'exaspération : malgré tout le respect qu'inspirait cette femme, ce n'était pas suffisant à le maintenir calme suite à une telle question.
« J'ai des problèmes de communication importants qui me forcent à réfléchir pendant que je parle pour parvenir à poser mes mots sans sauter ou déformer des syllabes. »
Suite à cette explication sortie de façon très laborieuse, le regard d'Elza sembla un instant s'adoucir. Elle secoua légèrement la tête avec un long soupir d'exaspération malgré tout, comme pour cacher cet instant de faiblesse.
« Et donc tu as abandonné et tu comptes parler comme ça toute ta vie. Si tu es capable de porter ce bandeau sur ton front malgré sa signification j'aurai imaginé que tu avais assez de force pour tout surmonter ; c'est ridicule, un être si faible, je n'aurai jamais pensé rencontrer un minable dans cet établissement.
-Minable ?, cracha Bob.
-Si tu parviens si bien sous le coup de la colère à sortir tes mots, gamins, alors tu peux surmonter ton problème, pigé ? Quitte à réapprendre à parler, c'est comme pour les bègues, il faut y aller avec les sentiments si tu veux t'en débarrasser. Si tu n'as pas pensé à cela, je suppose que tu as mis ce bandeau autour de ta tête par pure bêtise et non par courage. »
Complètement désarmé, Bob baissa la tête avec embarras. Elza leva le nez d'un air supérieur et se dirigea vers sa table basse pour replonger le nez dans les étranges écrits posés dessus, mais elle s'arrêta soudain en entendant le garçon reprendre la parole.
« Si j-je porte ce... bandeau c-c'est p-pour sur... monter ça. »
Elza se retourna en relevant les sourcils comme pour montrer son désintérêt. Pourtant, c'était loin d'être ce sentiment que Bob sentit au travers du visage de la femme qui le fixa longuement. Elle afficha un sourire au coin de ses lèvres blanches.
« Alors c'est par motivation finalement. Ce n'est pas aussi bien que du courage mais on va faire avec. Retire ton haut.
-Quoi ?! »
La femme fronça les sourcils avec sévérité face à l'exclamation étranglée du jeune homme.
« Tu es venu là pour le pouvoir des cartes oui ou non ? Alors obéis-moi, gamin ! »
Embarrassé tout autant que surpris, Bob baissa la tête comme pour s'excuser. Il ne s'attendait pas à ce qu'Elza Fon Hertz devine dès le départ la raison de sa venue, même si à bien y réfléchir elle devait être assez évidente d'après la situation. Il s'exécuta, et quelques secondes plus tard se retrouva au milieu du bureau que la dame avait rapidement dégagé sans sembler y mettre le moindre effort pourtant. Les meubles avaient été posés contre les murs et les étagères avaient retrouvés leurs livres en un instant. Elle avait détaché le long foulard de ses hanches pour l'attacher sur ses épaules d'une étrange façon qui intrigua Bob un instant ; il n'eut pourtant pas le temps d'y penser très longtemps car déjà Elza prenait la parole d'une voix forte.
« Tu sais quelque chose à propos du pouvoir des cartes ? »
Bob s'apprêtait à répondre mais elle l'arrêta en levant l'index, le regard sévère.
« Réfléchis bien avant de parler, je ne veux pas de balbutiements inutiles. Vas-y avec les sentiments. »
Le garçon rougit à nouveau, gêné : cela ne lui semblait pas si simple que cela. Néanmoins il s'exécuta, réfléchissant le plus durement possible, prenant une grande inspiration puis expirant avec douceur. Fixant Elza, il lui sembla qu l'allure posée de la femme le détendait quelque peu là où cela l'avait angoissé un peu plus tôt.
« Je n'en sais rien de plus... que ce que dit la légende. »
Bob se surprit lui-même à ne s'être arrêté qu'une fois, mais au lieu de le féliciter Elza fit mine d'ignorer l'effort et se mit à marcher en faisant un grand arc de cercle : ses pas suivaient au sol un anneau sculpté dans la pierre, anneau qui passait à deux mètres derrière Bob et s'étendait sur six bons mètres devant lui. La voix d'Elza tout comme les claquements de ses talons sur le sol de pierre rebondissait contre les murs de la pièce et revenaient vers Bob comme si elle s'était trouvée devant lui tout au long de son déplacement et de ses explications.
« Les cartes sont des supports semi-solides généralement en carton ou papier épais avec un dos taroté c'est à dire unique pour toutes les cartes avec un motif seul ou répété et une face comportant une valeur ou une tête ainsi qu'une des quatre couleurs...
-Je sais cela !, s'impatienta Bob qui ne voyait pas où elle voulait en venir.
-... Et, reprit Elza d'une voix plus forte, il est de rigueur que si l'on nomme un pouvoir par un objet connu il y ait des similarités. Ce pouvoir a un support, quatre sortes et bien plus d'usages possibles. »
Bob fixa avec perplexité et surprise la dame qui revenait se placer devant lui. Elle avança de quelques pas jusqu'à se trouver à la même distance que lui de l'anneau qui se retrouvait, et le garçon ne le remarquait que maintenant, couvert d'une fine flaque d'eau. Elle releva soudain la main et d'immenses murs aquatiques s'élevèrent à l'emplacement exact de l'anneau, rejoignant la même sculpture qui se trouvait au plafond autour du lustre de verre. Bob en laissa tomber sa mâchoire, déstabilisée.
« Je t'ai parlé d'utiliser tes sentiments pour parler tout à l'heure, sache que les cartes fonctionnent ainsi : leur support est les sentiments de son utilisateur.
-Mes s-s-sentiments ?, balbutia Bob sans comprendre.
-Évidemment un imbécile comme toi ne peut pas comprendre. »
Bob serra à nouveau les poings mais fut pris d'un sursaut quand il vit soudain les murs d'eau onduler dangereusement, donnant l'impression que le plafond allait s'effondrer sur eux. Perdu entre colère et peur, il se retourna vers Elza et se mit à crier :
« Qu'est-ce qui vous prend ?!
-Ce n'est pas moi qui ait fait ça, rétorqua la femme sur le même ton. Tu viens de faire usage d'un carreau.
-Un carreau !, s'exclama Bob avec un rire qui traduisait toute sa crédibilité. Prenez-moi pour un idiot, c'est votre pouvoir l'eau, pas le mien !
-Je te l'ai dit : le pouvoir des cartes a pour support tes sentiments, et quatre de tes sentiments les plus forts représentent les quatre types de pouvoirs que tu peux contrôler. »
Le garçon plissa les yeux.
« J'aurai de l'influence sur les éléments ?
-Sur les éléments ? Ha ! »
Cette fois-ci Elza éclata d'un rire cristallin qui éveilla une fois de plus un peu de colère chez Bob. Le mur d'eau se mis à frissonner, calmant à nouveau aussitôt le garçon qui ne parvenait toujours pas à comprendre ni à croire ce qui lui arrivait. La femme eut un sourire hautain en coin des lèvres, reprenant à nouveau son explication. À force de bondir d'explication en événement, le garçon se sentait complètement perdu et ne savait plus ou donner de la tête, tout se passait à une vitesse telle qu'il avait l'impression de ne même plus suivre le cours de ses pensées, comme si la séquence avait été mise en accéléré ; et, évidemment, Elza ne lui laissait pas la moindre seconde pour reprendre ses esprits, continuant de parler de la même voix forte mêlée au bruit de l'eau qui circulait entre sol et plafond en frissonnant.
« Si c'était le cas tu serais un élève comme les autres, petit idiot ! »
Cette fois-ci Bob ne réagit pas du tout à l'affront, fixant Elza avec surprise et incompréhension.
« Tu as quatre capacités portant le nom des quatre familles : carreau, cœur, trèfle et pique. Le carreau est un élément contrôlé par un sentiment soudain et incontrôlable ; colère, surprise, terreur, le carreau te fait user du pouvoir d'autrui lorsque celui-ci est actif.
-Alors c'est m-moi qui ait fait tremble l-l'eau ?
-Tout juste gamin, c'est ton énervement soudain contre moi qui a provoqué cela. Pour maîtriser le carreau il te faut penser à quelque chose qui provoque un sentiment temporaire en toi. Vas-y, je veux voir de la colère dans tes yeux ! »
Facile à dire. Néanmoins Bob n'eut pas le temps de protester que soudain l'eau éclata par endroit pour se jeter comme un serpent dans sa direction, tantôt s'arrêtant devant son nez, tantôt frappant son dos ou sautant d'un mur à l'autre s'il l'évitait. Il ne comprenait plus bien ce qui lui arrivait et dans son manque de contrôle sur les événements en oublia un instant Elza, trop concentré à essayer d'esquiver les serpents d'eau et à tenter de comprendre ce qu'il devait faire. Trouver quelque chose qui l'énerve ? Facile à dire pour quelqu'un qui se laissait marcher constamment sur les pieds. Néanmoins, il se trouva en situation de ne plus avoir le temps d'y réfléchir quand il se retrouva au centre du cercle, les serpents lui fondant dessus sans lui laisser la possibilité d'éviter. Être trempe jusqu'aux os n'était pas bien grave, mais Bob n'avait même pas le courage de penser à cela à cet instant, il n'avait qu'une idée : éviter à tous prix ces serpents comme s'ils étaient faits de lave.
Pris dans la précipitation des événements mais semblant peu à peu s'y habituer un peu, il sentit son fil de pensée s'accélérer, comme si, fait d'eau, il avait brisé le mur qui le faisait s'écouler au compte goutte et s'engouffrait dans les parties de son cerveau pour lui donner une nouvelle capacité de réflexion jusqu'ici inconnue. Son corps se crispa instinctivement alors que son regard calculait la distance qu'il restait entre l'eau et lui, mais son cerveau continuait à traiter à toute vitesse les informations concernant l'ordre qu'Elza lui avait lancé. En un instant un souvenir se déroula à vitesse rapide à son esprit, lui rappelant les horribles interrogatoires qu'il avait subit alors qu'il était innocent pour finalement se retrouver dans une école-prison où il était brimé et se trouver un pouvoir complètement incompréhensible. L'eau se percuta contre son corps, le trempant jusqu'aux eaux...
Maintenant un œil ouvert malgré son envie de se refermer comme une huître, il put voir alors le plus étonnant se dérouler sous son regard ébahi : l'eau éclata en de larges éclaboussures et même si elle l'avait déjà touchée les serpents se reformèrent soudain et partirent de tous côtés avant de se réunir en un mouvement habile dans la même direction, celle précise où se trouvait Elza qui avait reculé hors de l'anneau. Faisait éclater les murs d'eau, les serpents s'abattirent sur Elza qui se trouva alors elle aussi trempée de la tête aux pieds, ses cheveux mal-coiffés qui avaient plus tôt un semblant de volume lui retombant à présent raidement sur le visage en d'épaisse mèches sombres. Bob dévisagea son professeur d'un air ahuris.
« J-j-je ne v-voulais p-pa... j... j'veux d-d-ire... Qu-qu'est-ce...
-Tais-toi un instant, tes balbutiements m'irritent ! »
Bob plaqua sa main sur sa bouche, voyant alors Elza passer sa main le long de son visage pour l'essuyer avant de rejeter ses cheveux vers l'arrière en les lissant le long de son crâne. À présent gorgés d'eau, ils retombaient le long de son corps jusqu'au bas de son dos en une masse épaisse mais qui lui donnait une certaine classe et plus de soin qu'elle n'en avait avec ses cheveux emmêlés. Elle ne semblait pas particulièrement mécontente, et voyant l'inquiétude dans le regard de Bob soupira avec un air évident.
« Pourquoi ce regard de merlan frit ? Je t'ai demandé d'utiliser ton pouvoir, tu l'as utilisé. En outre tu es aussi trempe que moi.
-Hein ? »
Bob regarda son pantalon qui lui collait à la peau maintenant. Au moins il avait une chemise sèche, heureusement qu'Elza lui avait demandé de la retirer et de la poser plus loin, mais en effet il était complètement trempe et commençait même à avoir un peu froid. Se frottant le bras pour se réchauffer et commençant à retrouver ses esprits, il se mit soudain à parler très vite, n'articulant pas particulièrement bien mais semblant bien parti dans son énervement :
« Vous plaisantez, c'est ça vos méthodes d'anciennement ?! Et si vous aviez été un maître du feu, vous auriez fait quoi, vous m'auriez carbonisé pendant que vous vous seriez tranquillement défendue de votre côté ?! C'est scandaleux, vous cherchez à me tuer ou...
-La ferme ! »
Elza lui adressa un regard particulièrement vexé suite à cet étalage des peurs du garçon qui d'ailleurs pinça les lèvres comme pour signifier qu'il ne disait plus rien. Il semblait avoir touché un point sensible ce qui ne manqua pas de rendre la dame particulièrement irritée tandis qu'elle lui rétorquait sur le même ton :
« Tu veux apprendre à maîtriser le pouvoir des cartes oui ou non ?! Je te signale que je suis la seule à en avoir une parfaite connaissance alors tu as intérêt à me respecter ! »
Le jeune homme rentra la tête dans les épaules en murmurant des excuses. L'entraînement ce déroula ainsi jusqu'au soir venu : il apprit à maîtriser sa colère et à la laisser exploser pour retourner le pouvoir d'Elza contre celle-ci jusqu'à même réussir à user d'une autre capacité de la dame, transformant les serpents d'eau en une cage aquatique ou les faisant éclater à loisir ; Elza lui enseigna le trèfle qui lui permettait en vidant totalement son esprit à faire disparaître l'eau qu'elle lui envoyait dessus, il lui fallut un moment avant de parvenir au niveau de tempérance suffisant à se créer la barrière de protection que lui demandait la dame ; enfin, l'entraînement s'acheva à cause de leur épuisement mutuel.
Assis l'un à côté de l'autre à terre, le dos posé contre le bureau vernis de la dame, ils s'étaient tous deux retrouvés à bout de souffle après avoir entraîné une dernière fois le trèfle pour s'assurer que Bob serait apte à se défendre de n'importe quelle attaque d'après Elza. Le jeune homme tourna la tête vers son professeur : elle avait tout juste commencé à sécher et ses cheveux reprenaient leur volume naturel, commençant même à boucler à leur pointe. Elle laissa échapper un soupir rieur.
« Bien, l'entraînement est terminé.
-M-mais... et les autres couleurs ?
-Commence par chercher les chevaliers, tes deux pouvoirs actuels suffiront à te défendre pour le moment. »
Le terme de chevalier était régulièrement utilisé par Elza depuis un certain moment de l'entraînement : elle avait expliqué que c'était ainsi qu'elle avait nommé ceux qui devaient l'accompagner prochainement. Il leva les yeux au plafond d'un air de réfléchir mais ne posa plus de question pendant plusieurs longues minutes. Alors que le silence retombait sur l’établissement, il tourna à nouveau la tête vers la dame. Enfin calmé, il parvenait à parler de façon plus fluide même s'il devait détacher lentement ses mots.
« Pour quelle raison les chevaliers doivent-ils se joindre à moi ?
-Pour une quête bien particulière qui t'incombe. Tu as entendu parler de l'aviateur ?
-L'homme sans pouvoirs qui a manipulé les premiers habitants de l'île », confirma Bob.
Elza eut un léger sourire douloureux alors qu'elle fixait le mur en face comme pour éviter de croiser le regard du garçon.
« À cette époque je n'avais que cinq ans, j'étais la plus jeune de tous... »
Bob commença à comprendre quel rôle avait joué Elza dans l'histoire que Duncan lui avait conté : il avait appris en la côtoyant au cours de cette journée qu'elle n'était ni professeur ni élève mais qu'elle était en réalité celle qui avait écrit la plupart des livres sur la magie ; elle était d'ailleurs en train d'en écrire un au moment où Bob était arrivé devant sa porte, et avait copieusement insulté la feuille blanche sur laquelle elle n'était parvenue à écrire aucune phrase, par manque d'inspiration. Elle avait un don pour comprendre le fonctionnement des pouvoirs, mais elle n'avait pas voulu jusqu'à maintenant lui parler de la raison pour laquelle elle avait écrit la légende. Cependant, à cet instant, le garçon était certain qu'elle allait tout lui dire... Coup de fatigue ou véritable volonté d'être honnête ? Il ne le su jamais vraiment.
« William, c'était le nom de cet aviateur, était un peu le père de tous. Il s'occupait de nous, il n'avait rien d'autre à faire après tout maintenant qu'il était coincé sur cette île. Il n'avait étrangement pas peur de nous contrairement à ceux qui nous avaient envoyés ici, j'ai tout de suite compris qu'il y avait un problème ; lui a compris que je me doutais de quelque chose. Il était déjà contrôlé à ce moment-là. En vérité, tu t'en doutes, il y a quelque chose sur cette île...
-Duncan m'en a parlé. »
Elza tourna lentement la tête vers lui.
« Mais il ne t'a pas dit ce que c'était...
-Non.
-Je vais te le dire moi : c'est un démon. »
Il y eu quelques secondes de silence avant que Bob n'esquisse un sourire jaune, reculant la tête comme pour s'assurer d'un peu plus loin de l'absence de sourire sur le visage de son professeur.
« Un démon ? Vous vous moquez de moi, hein ?
-Pourquoi ?
-Les démons n'existe pas, tenta Bob d'un air perplexe.
-Et si c'était le cas ? »
Cette fois-ci le garçon pâlit, mais Elza ne pu retenir plus longtemps un rire. Son visage était comme l'eau claire, les expressions coulaient allègrement dessus, à la fois changeantes et pourtant loin d'être choquantes.
« Tu as raison, je ne peux pas te faire croire n'importe quoi. Mais il n'y a que l'équivalent d'un démon qui peut manquer de cœur au point de faire ce qu'il a fait. Je n'ai pas réussi à découvrir ce que c'était, mais je pense m'en rapprocher : cet être est une sorte d'esprit qui a la possibilité de prendre possession de tout corps qui ne peut se défendre sans pouvoir. L'aviateur s'est fait attraper en plein vol par cet être qui s'est présenté comme William face à nous. Lorsqu'il a eu possession de l'engin, il a désactivé tout ce qui était susceptible de le rendre localisable, et a simulé un crash. Nous trouvant, il ne lui restait plus qu'à trouver les plus susceptibles d'entre nous de se faire manipuler... et nous retourner les uns contre les autres. »
Bob fixa longuement Elza, ne disant mot. Après un instant, cependant, il reprit la parole, intrigué.
« William n'avait pas de pouvoir... mais moi j'ai celui des cartes, non ?
-J'ai tué William. »
Ce soudain aveu fit se figer Bob. La dame continua :
« Dans le chaos des affrontements, William est parvenu à me rattraper. J'ai cru qu'il allait me tuer, mais lorsqu'il m'a touchée j'ai vu les éléments qui composent la légende que j'ai décrite dans un de mes livres.
-... vu ?
-En vérité la magie ne se comprend pas seulement par connaissance innée de son fonctionnement. Possédant le pouvoir de l'eau, j'ai acquis un dérivé de ce pouvoir que je n'aurai jamais pu imaginer : lorsque quelqu'un me touchait, je pouvait voir à travers de son esprit comme à travers de l'eau. Mais l'esprit est complexe, je ne suis pas capable de le déchiffrer. Ce ne sont que des formes sans le moindre sens, je ne parviens même pas à l'expliquer. Mais parmi tout cela, je peux avoir des flashs de choses en lien avec cet esprit. J'ai vu alors comment se maîtrisait le pouvoir des cartes, comment le maître des cartes est entouré des chevaliers... »
Bob semblait perplexe face à cette explication, mais cela n'arrêta pas Elza qui était bien décidée par ce moyen à expliquer toutes les raisons de ladite quête du garçon.
« Lorsque je suis sortie du flash, William m'avait faite basculer et était en train de tenter de m'étrangler. Nous étions tombés dans une rivière un peu plus loin de l'endroit des affrontements : je l'ai noyé en lui envoyant l'eau directement dans les poumons... Mais avant qu'il ne meurt, j'ai entendu une voix sortir de son corps, sauf que ce n'était pas lui qui parlait. Il m'a parlé. »
Un frisson traversa la nuque du garçon qui se redressa soudain, prenant Elza par les épaules en se retenant à grand peine de la secouer comme un poirier, emporté par son désir de connaître la réponse à la question qui lui brûlait les lèvres :
« Qu'a-t-il dit ?! Parlez, je veux savoir ! »
Elza lui afficha un sourire jaune alors qu'elle rapportait mot pour mot les paroles du démon :
« Je ne mourrai pas, ceci n'est qu'une stupide enveloppe, vos pouvoirs auront beau vous protéger, il en arrivera un qui n'en aura pas. L'île lui donnera son pouvoir ; je lui prendrai sa vie. »
((Chapitre 3 en cours))