KAMEREON

DN.Archangel

DN.Angel est un manga de Sugisaki Yukiru sorti en 1997 au Japon, racontant l'histoire du jeune Daisuke Niwa et de la malédiction qui touche sa famille et le pousse à chercher un amour sincère et réciproque afin de se libérer de ce sort. La fiction présente, DN.Archangel, se déroule quatre à cinq ans après les faits du manga. Les choses ont bien changé depuis, et le duo formé par Daisuke Niwa et son ami mais néanmoins rival Satoshi Hiwatari va devoir faire face à de nouveaux événements qui pourraient bousculer tout ce pour quoi ils avaient pu combattre par le passé. Cette fanfiction est écrite afin de pouvoir être lue séparément du manga, il n'est donc pas nécessaire de connaître ce dernier pour lire les chapitres présents. L'histoire prendra un tournant vers le yaoi, cependant ce n'est pas réellement le thème principal de cette histoire.

Chapitre 5

DN.Aversion

  Hiwatari observa l'écran de son téléphone avec lassitude. Toujours plus d'articles sur Dark Mousy et de rapports de son bureau. Ils n'en finiraient pas d'en parler pour les jours à venir, après tout la surprise de son retour après un an d'absence avait suffit pour le faire revenir en première place de l'intérêt principal des informations nationales. Ici une photographie prise à l'arrache de son visage en haut du bâtiment, là un montage hypothétique du vol, dans ce site des informations théoriques sur l'oeuvre subtilisée et les prochaines sur la liste, ou encore sur ce forum une nouvelle effusion de fanatisme pour ce personnage mystérieux tout droit sorti d'un film frisson, ou romantique pour ces dames. Il parcourait un message d'une de ces dernières avec un sourcil relevé quand il sentit une chaleur contre son épaule. Niwa venait de se pencher dessus.

  « Toute cette agitation…

  -La légende est de retour », soupira le commandant en éteignant son écran.

  Niwa afficha un sourire désolé à côté de lui avant de plaquer sa main sur sa bouche, laissant échapper un bâillement. Ils avaient fini par passer une bonne partie de la soirée à discuter de tout et de rien, et Niwa avait eu grand mal à trouver le sommeil, aussi si Hiwatari se montrait parfaitement frais – après, rappelons-le, de longues minutes dans un silence total avec les yeux mi-clos et le cerveau en pause – dans sa chemise repassée avec ses cheveux lisses tirés vers l'arrière en une queue de cheval élégante, ce n'était pas le cas de son ami dont la crinière était complètement indomptable sans son soin habituel. Il n'avait pas pris le temps de se coiffer comme les précédents jours ce matin-là, et finalement avait emprunté une chemise d'Hiwatari après que celui-ci ait insisté, statuant qu'il pouvait aussi bien se rendre en tenue de nuit à la faculté s'il comptait réellement remettre son polo froissé aux manches trop longues.

  Ils marchaient dans les couloirs de l'établissement après avoir fait un bon bout de chemin à pieds, tous deux étaient habitués à l'effort physique et avaient marché à bon rythme depuis l'appartement, profitant de l'air matinal pour achever de se réveiller, ce qui avait fait des merveilles sur le teint d'Hiwatari et sur son regard vif derrière ses lunettes, mais avait failli faire faire demi-tour à Niwa à de nombreuses reprises, si Hiwatari n'avait été là à côté de lui sans doutes ne se serait-il pas rendu en cours aujourd'hui, et bien qu'il n'en ait dit mot Hiwatari s'en doutait fortement. Ils arrivèrent dans l'amphithéâtre du premier cours dans l'habituel semi-silence d'arrivée du commandant, nombre de regard féminins étant tournés vers eux. Niwa s'accrocha à l'épaule d'Hiwatari en réprimant un second bâillement, secouant la tête comme chien qui s'ébroue. Il se frottait l'oeil avec persistance.

  « Je crois que j'ai quelque chose dans l'oeil, tu peux regarder ? »

  Hiwatari releva un sourcil avant de se pencher vers lui. Il lui fit relever le visage et retint sa main pour qu'il la retire de son visage, puis avec deux doigts força doucement l'ouverture de ses paupières. L'oeil de Niwa ne semblait pas particulièrement avoir de rougeur et rien ne sortait de l'ordinaire à priori. Il glissa son regard sur les paupières du garçon et lui permettant de les refermer du bout des ongles brossa ses cils jusqu'à-ce que son ami cligne soudain des paupières.

  « Ah, ça y est ! C'était un cil ? »

  Relevant le doigt pour le lui confirmer par la présence dudit cil au bout de son index, Hiwatari fit le geste de se retourner pour partir s'asseoir mais s'arrêta sèchement. Il rabaissa la tête vers Shiina qui se trouvait devant lui, si proche que s'il avait tenté un pas en avant il se serait percuté à elle. La jeune femme afficha un grand sourire satisfait, les mains sur les hanches et l'air visiblement fière d'elle pendant un instant, mais quand ses grands yeux croisèrent le regard impassible d'Hiwatari elle afficha aussitôt une grimace de déception intense.

  « Hinako Shiina à Satoshi Hiwatari, êtes-vous vraiment un être vivant doué de sentiments commandant ?

  -Le second cas est en cours d'étude », déclara avec froideur Hiwatari ce qui ne manqua pas de faire éclater de rire Niwa.

  Shiina fut bien moins impressionnable à ce propos, croisant les bras avec un semblant d'exaspération. Elle finit cependant par sourire, laissant échapper un léger gloussement.

  « Je te pardonne parce que tu me vends du rêve comme toujours ! »

  Hiwatari et Niwa échangèrent un regard légèrement dépité, le second ayant vite calmé son rire et affichant un sourire crispé, avant que la jeune femme ne poursuive :

  « Vous provoquez des effusions dans l'établissement. Loli-kun, tu vas pas tarder à avoir ton propre fanclub !

  -Niwa, corrigea avec insistance l'intéressé avant de s'étonner : Attends, c'est quoi cette histoire de fanclub ?

  -Le commandant avait déjà de la popularité avant même d'être remarqué dans l'établissement, le fait qu'il soit présent en chaire et en os lui a attiré les faveurs de la gente féminine. »

  Les deux jeunes hommes hochèrent la tête pour signifier que Shiina ne leur apprenait rien de nouveau, les regards dardés sur l'intéressé au milieu des murmures matinaux en étant la preuve. Cependant, la jeune femme posa son poing sur sa hanche et se pencha en avant, levant l'index d'un air élémentaire avec un sourire taquin :

  « Mais Loli-kun a son lot de charme aussi ! D'autres de ces dames extérieures à notre filière l'ont fait remarquer après leur passage pour observer Hiwatari-san, le jeune homme toujours collé à la coqueluche qui est très lié à lui et qui lui a sauté au cou à son arrivée ça a fait des vagues ! »

  Niwa grimaça légèrement : pour le moment, il avait juste l'impression que Shiina lui disait qu'il allait prendre des retours de bâton pour sa proximité avec le bel Hiwatari, cela ne l'aurait pas étonné puisque c'était arrivé en vérité au lycée à quelques occasions. Tout le monde n'était pas prêt à comprendre les contacts physiques réguliers qu'il avait avec son ami malgré leur âge adulte. Mais Shiina se redressa, les mains sur les hanches et le poitrail gonflé comme une mère emplie de fierté.

  « Et avec ton arrivée ce matin, tu marques des points ! Je ne savais pas que tu pouvais être aussi charmant Loli-kun ! »

  Niwa et Hiwatari se regardèrent à nouveau. Le second détailla le premier du regard avec attention : depuis qu'ils s'étaient rencontrés pour la première fois, les cheveux de Niwa avaient beaucoup poussés. Si Hiwatari avait laissé les siens arriver à ses épaules et les attachait toujours avec attention, se donnant un air très strict malgré une élégance classique et glaciale qui en faisait en apparence une fine lame, Niwa pour sa part avait laissé totale liberté à sa coiffure. Ses mèches partaient en tous sens, tombant en bataille sur ses épaules, certaines dansant sur son visage. Sa nuque était dégagée, et une grande partie de sa coiffure avait tendance à partir plus vers l'avant, seules quelques mèches partant du haut de son crâne venant camoufler partiellement sa nuque, et une grande partie de sa chevelure retombait en cascade sur le côté de son visage fin, la pointe dansant sous son menton, suite à son réveil négligé. Ses tempes étaient bien couvertes, mais on distinguait bien ses oreilles malgré tout. En somme, il s'affublait d'une coiffure dont la négligence semblait stylisée, en une apparence masculine bien plus imposante que ce que donnait en apparence son ancienne coiffure qui arrondissait ses traits de visage.

  Son visage, justement, avec les années s'était affiné et légèrement allongé, mais c'étaient surtout ses yeux qui semblaient avoir grandement gagné en maturité, ses sourires semblaient plus sournois par moments, et ce malgré la persistante rondeur qu'il avait vaguement préservée et l'innocence qui brillait naturellement dans son regard. Ses lèvres fines avaient juste la bonne longueur sous son nez fier, et ses sourcils semblaient plus fournis bien qu'ils soient toujours aussi dressés au dessus de ses paupières. Il les fronça justement en une expression dubitative, avançant légèrement les lèvres. A la vérité, à bien y penser après une telle observation et avec cette chemise qu'il n'avait pas fermé jusqu'en haut, et considérant que celui qui était avant tout petit avait bien grandit pour rattraper Hiwatari aujourd'hui, cette expression lui donnait un air qui lui rappelait grandement…

  « Dark Mousy ! »

  Niwa eut un frisson d'horreur qui le traversa de part en part, des orteils jusqu'au haut du crâne, alors qu'il se statufiait, une expression de terreur sur le visage. Hiwatari posa les yeux sur Shiina, plissant les paupières.

  « Tu trouves pas ?, demanda la jeune femme. En tant que fan du voleur fantôme ça me fait presque mal de le comparer à quelqu'un que je connais et qui est si normal, mais Loli-kun ressemble énormément à Dark Mousy comme ça ! »

  Hiwatari posa à nouveau ses yeux sur Niwa. C'était malheureusement exactement ce qu'il avait pensé, à cet instant Niwa ressemblait trait pour trait à Dark Mousy, la posture et les expressions en moins, et ses cheveux et ses yeux portant une couleur châtain cuivré qui changeait drastiquement de l'obscurité des attributs du voleur de légende. Le commandant dessina une légère grimace sur son visage, esquissant un pas en arrière pour s'éloigner du jeune homme, ce qui n'échappa au rouquin qui bondit sur place avec horreur :

  « S-Satoshi ! Tu es affreux ! »

  Hiwatari détourna la tête pour toute réponse alors que Shiina les observait tour à tour, attardant un regard interrogateur sur le visage de Niwa qui avait les larmes aux yeux et un air choqué. Il se tourna brusquement vers la jeune femme, agitant ses poings serrés comme un enfant paniqué.

  « Shiina-san, tu es cruelle de dire ça !

  -Quoi donc, de dire que tu es normal ? C'est une bonne chose d'être normal dans la vie Loli-kun.

  -Non, pas ça ! »

  Shiina pencha la tête sur le côté avec un sourire interrogateur, relevant ses lunettes sur son nez. Niwa n'était donc pas vexé d'être défini comme banal de façon aussi catégorique mais refusait qu'on le compare à Dark ? Quel curieux garçon.

  « Tu sais, à force de te voir traîner avec Hiwatari-san je ne serais plus la seule à le penser. Ca a quelque chose de dramatique : le commandant de l'affaire Dark Mousy qui entretient une relation tendancieuse avec un sosie du voleur fantôme. »

  Niwa laissa tomber sa mâchoire d'horreur. Il ne savait pas où commencer pour définir à quel point il était choqué d'entendre ça. Dramatique ? Relation tendancieuse ? Sosie de Dark ? Il failli tourner de l’œil mais s'ébroua à nouveau, gémissant de plus belle de voir Hiwatari les ignorer royalement, s'appliquant à fixer le vide au loin comme si sa vie en dépendait.

  « C'est affreux !

  -Tu es bien sensible Loli-kun…

  -Satoshi est furieux à cause de toi Shiina-san !

  -Furieux ? »

  Shiina darda un regard interrogateur sur ledit Satoshi. Hiwatari se tenait un peu à l'écart de Niwa, à chacun de ses mouvements il s'était accordé de sorte à préserver un écart de très exactement un mètre, lui qui un peu plus tôt était épaule contre épaule avec le jeune homme. Son regard était comme perdu dans le vague, son visage dessinant un angle droit par rapport à l'endroit où se trouvait son ami, de sorte qu'il reste bien en dehors de sa vision nette. Quant à son expression, elle ne changeait pas beaucoup de d'habitude : sourire inexistant, commissure des lèvres à peine en dessous de l'angle plat qu'elles dessinaient, les paupières légèrement tombantes sur un regard vide, les traits constamment détendus. Rien qui montre qu'il était, comme l'indiquait Niwa, furieux. La jeune femme darda un regard perplexe sur son ami, lequel s'agita avec insistance.

  « Shiina-san, tu as un miroir ?

  -Hein ? Euh… »

  La jeune femme ramena le sac qu'elle portait sur son épaule devant elle et fouilla un bref instant dans une des poches, en sortant un petit miroir qui tenait à peine dans la paume de sa main. Niwa sortit des pinces de la poche de son pantalon et lui indiqua de lui tenir le miroir. Tenant quelques pinces entre ses lèvres serrées, il fixa son regard sur son reflet et s'appliqua à se coiffer avec ses doigts, avant de tirer ses cheveux vers l'arrière. Il coinça les accessoires dans ses fines mèches, les maintenant ainsi tirées plus en arrière à l'exception des mèches plus à l'avant qui tombaient un peu négligemment sur son front et ses tempes. Il s'assura que sa coiffure tenait en place, et enfin satisfait du résultat finalement très proche de son style de la veille il se retourna vers Hiwatari, écartant fièrement les bras avec un sourire fière. Hiwatari reposa enfin les yeux sur lui, clignant lentement ses paupières pour toute réponse, mais visiblement celle-ci satisfaisait Niwa qui soupira de soulagement.

  « Catastrophe évitée !

  -Soit tu exagères pour l'effet comique, soit il y a quelque chose que j'ai raté là », fit remarquer Shiina en croisant les bras, relevant un sourcil.

  Niwa lui adressa un regard évident, indiquant Hiwatari un peu brusquement au point que ce dernier eu un pas de recul à nouveau.

  « Quand il est furieux il a une marque qui ressort entre les sourcils, et les yeux légèrement plissés. Et il sert les dents, beaucoup. Là tu vois bien qu'il est content, il sourit presque ! »

  Shiina observa à nouveau Hiwatari, mais pour elle rien ne changeait. Peut-être avec un peu de mauvaise fois elle pourrait dire que la lumière donnait l'impression que sa peau était plus pâle. Elle lança le même regard dubitatif à Niwa qui se montra persévérant malgré tout.

  « Quand il est content il a la mâchoire et le cou détendu, il cligne plus souvent des yeux, a les paupières inférieures complètement lâches et le regard plus clair. »

  Nouveau regard pour confirmer ces traits. En effet, Shiina cru pendant un instant apercevoir ce dont Niwa lui parlait, mais Hiwatari plissa légèrement les yeux à cet instant, faisant bondir à nouveau le jeune homme.

  « Ah ! Il est gêné !

  -Un vrai casse-tête, tu as songé à offrir ton corps à la science en cas d'accident Hiwatari-san ? Tes traits sont si tendus qu'ils pourraient contenir le secret de la jouvence éternelle, les femmes tueraient pour ça !

  -Le cours va commencer. »

  Ce fut la seule réponse qu'offrit l'intéressé, faisant volte-face pour monter les escaliers. Les personnes qui se trouvaient sur les marches à observer l'étrange spectacle comique qui s'était déroulé à l'entrée de l'amphithéâtre s'écartèrent un peu précipitamment alors que le commandant se dirigeait vers l'étage où se trouvait Hojo qui était resté un observateur distant, n'ayant visiblement pas envie de lever ses fesses de son banc ou de sortir sa tête bien vissée entre ses bras. Niwa et Shiina échangèrent des regards amusés avant de trotter à sa suite, s'empressant d'allers s'asseoir de part et d'autre de leurs deux amis. Alors que le professeur de la matinée entrait dans la salle et que Niwa extirpait ses outils de prise de note, Shiina l’interpella de derrière les deux autres hommes du groupe en un murmure quelque peu bruyant.

  « Psst, Loli-kun !

  -C'est curieux Satoshi, je crois entendre des voix.

  -Roh allez, sois pas rabat-joie ! »

  Face à l'insistance de Shiina, Niwa poussa un soupir et se pencha en arrière pour croiser son regard. Elle lui adressa un pouce levé, exécutant un clin d’œil complice.

  « Je voulais juste te dire que la chemise ça te va comme un gant, tu devrais en mettre plus souvent.

  -Je n'ai pas de chemises chez moi, j'ai emprunté celle de Satoshi. »

  Shiina hocha la tête d'un air pensif, ramenant ses coudes sur son bureau et son nez en direction du professeur. Il fallut quelques secondes avant que soudain la réponse ne lui monte au cerveau. Elle laissa ses mains retomber brutalement sur le bureau.

  « Quooooiiii ?!

  -Hum ! »

  La voix du professeur résonna depuis le bas de l'amphithéâtre. Il darda un regard particulièrement noir sur Shiina qui se leva d'un bond de sa place et s'inclina le plus bas possible pour présenter ses excuses, manquant de peu de se cogner la tête contre le bureau. Elle se rassit dès que le professeur eut détourné les yeux, poussant un long soupir suite à sa maladresse, avant de se pencher devant Hojo. Celui-ci poussa un grognement désapprobateur quand elle manqua d'emporter son stylo dans ce mouvement.

  « Comment ça, vous habitez ensemble tous les deux ?

  -B-bien sûr de non !, lâcha Niwa à voix basse. On a juste profité de la soirée pour discuter et j'ai fini par dormir chez lui. Rien de plus !

  -Loli-kun, tu te dois d'admettre que vous avez une relation vraiment louche, c'est beaucoup beaucoup beaucoup trop tendancieux pour que je ne me fasse que des idées là ! »

  Niwa fronça les sourcils, grimaçant à cette phrase. Ce fut un soupir d'Hojo qui les coupa dans leur élan, mais au contraire de les arrêter ce dernier s'en mêla :

  « Hinako, tu ne connais rien à l'amitié masculine.

  -Mais ils sont toujours collés ensemble !

  -Ils ont été au même collège, ils ont une relation fraternelle, fit l'homme avec un air évident sur son visage mal rasé.

  -Toi et moi sommes allés au même collège et pourtant on n'est pas aussi collés l'un à l'autre ! »

  Cela restait à démontrer selon Niwa, mais il préféra se taire pour encourager mentalement Hojo dans sa défense.

  « Hina-chan, tu es une femme et moi un homme, ce n'est pas le même contexte.

  -N'importe quoi ! Tu es de quel côté Akira ?

  -Il n'y a pas que de la solidarité féminine dans ce monde.

  -Traître ! Macho ! Pervers !

  -D'où ça sort, ça ?! »

  A nouveau, le professeur se racla bruyamment la gorge. Shiina et Hojo sursautèrent, se tournant brusquement. L'enseignant se tenait bien droit au bout de la rangée de tables, à deux places d'écart de la jeune femme, les bras croisés derrière le dos et un regard consterné posé sur le duo. Il aurait pu avoir l'air calme, mais c'était sans compter sur le fait qu'il avait visiblement le visage bien plus ridé qu'à l'accoutumer, attirant l'attention sur une forte tension qui faisait tiquer ses sourcils entre ses yeux.

  « Si le cours n'est pas à votre goût, puis-je vous inviter à quitter les lieux ? »

  A nouveau Shiina bondit de sa chaise pour s'incliner respectueusement en murmurant des excuses sincères, suivie de près par Hojo bien qu'il reste éminemment plus lent. Le professeur passa les minutes suivantes à faire de fortes remontrances aux deux étudiants avant d'enfin les laisser reprendre place. Il garda un œil sur eux le reste du cours, ne leur laissant même pas échanger un regard, visiblement furieux d'avoir été dérangé à deux reprises par les éclats de voix du couple. Lorsque le cours s'acheva enfin et qu'il eut quitté l'amphithéâtre, Shiina se laissa tomber front contre la table, poussant un long soupir de désespoir.

  « J'ai cru qu'il allait m'exécuter ! Si vous ne me voyez pas en cours demain vous savez ce qui m'est arrivé les garçons.

  -J'aimerai que tu évites de conjecturer sur un potentiel assassinat quand il y a un risque pour que je sois une victime collatérale », railla Hojo en laissant son dos s'appuyer contre le dossier de sa chaise.

  Niwa et Hiwatari échangèrent un regard, le premier riant nerveusement de la situation. Finalement, la jeune femme se redressa assez rapidement, arrangeant ses lunettes sur son nez pour reporter son attention sur le rouquin.

  « Mais pourquoi tu n'as pas de chemises Loli-kun au juste ?

  -Comment tu fais pour réussir à garder le fil de la conversation après deux heures Shiina-san… »

  Niwa soupira d'un air dépité alors que la demoiselle lui répondait d'un rire fière et taquin. Ils rangèrent leurs affaires tandis que la discussion se poursuivait, se préparant à se rendre à un prochain cours. Quelques heures plus tard leur matinée s'achevait, bien plus calmement qu'elle n'avait commencé, sur des travaux pratiques dans la salle de peinture. Tandis que Niwa et Hojo rangeaient les canevas dans un travail d'équipe plutôt bien coordonné, une voix féminine se fit entendre au dessus des bavardage.

  « Excusez-moi, Hiwatari-san ? »

  Niwa et Hojo se retournèrent. Hiwatari, qui était en train de finir d'ordonner les travaux rendus, se redressa pour faire face à la femme qui s'approcha de lui. Elle passa une mèche brune derrière son oreille, un sourire léger sur ses lèvres rosées. Le commandant cligna lentement des yeux pour indiquer qu'elle avait son attention, tournant ses épaules dans sa direction sans néanmoins lâcher le travail qu'il avait encore en main. Le sourire de la jeune femme s'étira un peu.

  « Je souhaiterais vous proposer que nous déjeunions ensemble, afin de faire plus ample connaissance. »

  Hiwatari plissa légèrement les yeux. Il n'était pas rare qu'il fasse face à de telles invitations, et ce depuis bien longtemps à dire vrai. L'approche pouvait sembler élégante à certains, pour sa part il définirait cela de particulièrement inconsidéré. Des intentions mal camouflées, une façade pour se faire passer pour ce que l'on n'est pas, le tout avec un intérêt profond pour la superficialité. En d'autres termes, elle cherchait à mettre le grappin sur lui. Il se tourna pour retourner à son rangement, son visage empreint de sa froideur habituelle. La jeune femme ne se démonta pas malgré ce grand manque de considération, s'attendant avec évidence à un tel comportement de la part d'un personnage réputé pour être aussi glacial. Finalement, quand il eut finit de mettre en place ce dont il se chargeait un peu plus tôt, il se redressa à nouveau et lui accorda une légère inclinaison de la tête en signe d'excuse.

  « Je n'ai pas de temps à vous consacrer. »

  Sur ces mots, il fit volte-face et se rendit en direction de Niwa et Hojo. Si le premier lui adressa naturellement un léger sourire en retournant à son rangement, le second pour sa part tirait une expression de surprise non contenue, presque marquée d'un profond choc. Cela devait correspondre à l'expression de la femme derrière lui qui avait laissé échapper un filet de voix en signe de son incrédulité. La voix du commandant avait été sèche et désintéressée, sans le moindre tact. Pouvait-on parler de cruauté cependant ? Il se montrait en vérité bien trop honnête et direct pour son entourage. Shiina arriva en trottant à la hauteur des trois hommes alors que Hojo sortait à peine de sa transe.

  « Sérieusement ? », articula-t-il.

  Hiwatari releva un sourcil en signe d'interrogation. Shiina embraya.

  « Cette pauvre fille va en pleurer toutes les larmes de son corps, j'ai jamais vu quelqu'un rembarrer une si jolie fille comme ça, quel choc ! Mise à jour des informations de l'étude Hiwatari-san, vous êtes complètement et définitivement insensible, je répète, complètement et définitivement insensible. Ca fait mal de se faire jeter de la sorte tu t'en rends compte ? »

  Comme en réponse à la mise à jour de Shiina, le visage d'Hiwatari n'eut pas le moindre tic, restant parfaitement impassible aux remarques de la jeune femme. Ce fut Niwa à la place qui répondit, se redressant après avoir fini d'ordonner les canevas.

  « Satoshi a toujours rejeté les filles qui l'approchaient comme ça, déjà au collège il le faisait.

  -Quoi ? Et personne a essayé de le tuer encore ?

  -Si quelqu'un a tenté il a échoué. »

  Shiina voulu préserver sa mine choquée mais la sincérité de Niwa la pris par surprise et un rire bruyant lui échappa. Les femmes de la classe les fixaient d'un air surpris et accusateur pour certaines, tandis que d'autres semblaient s'être enorgueillies de voir une rivale échouer fans sa quête d'amour auprès du commandant. Hiwatari restait imperméable à l'ambiance qu'il avait créé par son rejet, et aux légers reproches que Hojo et Shiina lui firent sur son manque de tact au milieu des rires nerveux de Niwa. Ils se dirigèrent hors du bâtiment sous les regards des étudiants qui avaient été présents lors de la scène, et de ceux qui déjà étaient au courant de l'événement. Ils marchèrent au sein de cette attention sans trop y prêter la leur, et se dirigèrent d'un pas tranquille vers la cafétéria du campus. Ils avisèrent une table libre à l'extérieur et s'y installèrent, Niwa et Hiwatari d'un côté et Shiina et Hojo de l'autre, comme si cela était devenu une habitude.

  « Satoshi-kun ! »

  Le groupe se figea à l'entente de cette voix, pour la plupart encore à demi-levés au dessus de leurs chaises. Hojo et Shiina échangèrent des regards paniqués : encore une jeune femme qui allait se faire briser le cœur en morceau par le monstre de glace de la filière d'art. Ils se tournèrent vers Niwa avec des sueurs froides et des airs crispés. A leur grande surprise, Niwa n'était pas aussi détendu que plus tôt, il avait écarquillé les yeux avec surprise et cherchait un peu vivement la provenance de la voix. Mais le pire de tout, c'était Hiwatari : son masque de glace s'était soudain brisé pour laisser place à une grimace d'horreur. Il ferma les yeux et déglutit, remontant ses lunettes sur son nez pour reprendre consistance, mais son visage restait tendu et ses sourcils froncés.

  Le quatuor finit par tourner la tête vers l'entrée du campus. Une jeune femme approchait d'un pas fière et gracieux. Ses longues jambes fines la portaient avec élégance dans une démarche qui alliait puissance et douceur, la démarche dansante d'une fée guerrière. Elle était grande et longiforme, ses hanches balancées d'une largeur idéale pour une enfantrice, sa taille de guêpe dévoilée par ses vêtements mettant en évidence ses forme. Ses épaules étaient larges, sa poitrine élégante, son port de cou haut. Un visage charmant surplombait le tout, un peu rond, juvénile, mais orné de traits matures. Des yeux fins aux cils interminables, un nez ciselé, des lèvres sculptées à la perfection donnant envie de les croquer, ses sourcils dessinés naturellement à la courbe de ses paupières.

  Hojo et Shiina laissèrent tomber leur mâchoire. La jeune femme qui s'était présentée plus tôt auprès d'Hiwatari auraient put être décrite comme un laideron à côté de la déesse qui s'approchait présentement. La divine créature rejeta ses longs cheveux de jais par dessus son épaule, faisant danser des mèches ondulées sur ses joues rosées, un sourire rayonnant prenant place sur sa peau de porcelaine. Elle retira la ceinture de son manteau de velours rose, l'ouvrant sur sa combinaison noire légère qui dansait sur ses formes, et le retira pour le déposer sur son bras. Elle glissa élégamment de la sorte jusqu'à là table du quatuor, et sans crier gare s'abaissa au niveau d'Hiwatari qui s'était laissé tomber sur sa chaise avec un visage consterné.

  « Je te connais comme si je t'avais fait, je savais que je te trouverais ici ! »

  Hiwatari esquissa un froncement de sourcils mais finalement se détendit, ses paupières se refermant doucement, et à la surprise du duo d'en face il se redressa légèrement, offrant sa joue à la jeune femme qui y déposa un baiser avec un sourire amusé. Shiina laissa échapper une exclamation d'incompréhension qui passa parfaitement inaperçue. Autour d'eux, nombre de personnes s'étaient arrêtées pour les observer avec surprise, et déjà des rumeurs s'étaient déclarées à propos du lien entre la jeune femme et le Satoshi Hiwatari alors que la beauté divine se redressait en lançant un regard ravi à Niwa.

  « Daisuke-kun, ça fait une éternité !

  -Bonjour Harada-san. »

  Niwa sourit joyeusement à Harada qui laissa échapper un gloussement, passant derrière lui. Il s'attendait à ce qu'elle arrive de l'autre côté pour le saluer proprement, mais à sa grande surprise il sentit alors les mains de la jeune femme se plaquer sur sa tête et lui ébouriffer les cheveux, lui arrachant un cri.

  « Qu'est-ce que tu me fais comme coiffure, toi qui est si beau avec les cheveux lâchés ! Quand je te dis que tu ressembles à Dark de dos, tu devrais prendre ce que je dis au sérieux ! Allez, ça, poubelle ! »

  Elle s'empara des pinces à cheveux du garçon, les entrecroisa dans un enchevêtrement solide et les jeta en l'air. Niwa agita les bras avec surprise, rattrapant maladroitement le lot avant qu'il ne tombe par terre, poussant un soupir de soulagement qui fit voler les cheveux tombés sur son nez. Il poussa un second cri étouffé quand les bras d'Harada vinrent encercler ses épaules en une étreinte alors qu'elle gloussait joyeusement.

  « Tu es trop mignon comme ça, profite un peu plus de tes avantages, tu es sot ma parole !

  -H-Harada-san…

  -Laisse-le, Risa. »

  Harada tourna la tête vers Hiwatari, lui adressant un sourire amusé avant d'enfin se redresser en libérant le pauvre Niwa. Celui-ci était devenu rouge écrevisse et s'arrangeait tant bien que mal, même si en effet son air débraillé lui donnait un quelque chose de charmeur comme l'avait déclaré ladite Risa Harada. Le nom sembla sonner comme un gong aux oreilles de Shiina qui sursauta.

  « Attendez, c'est elle, LA Risa Harada ?! »

  L'intéressée accorda un air surpris à son interlocutrice. Elle la détailla un instant du regard, ainsi que Hojo à côté d'elle, puis contournant la table vint se placer de leur côté avec un sourire engageant. Elle s'inclina légèrement avec politesse, un sourire toujours aussi fière et rayonnant sur le visage.

  « Ravie de vous rencontrer, je suis Harada Risa.

  -E-enchantée, Shiina Hinako…

  -Aaah ! »

  Le groupe se tourna soudain vers Hojo. Lui qui avait l'air si endormi à l'accoutumer avait à présent sur le visage un air profondément choqué et paniqué. Son visage avait partiellement rougit alors que ses yeux s'étaient écarquillés de surprise et qu'il pointait soudain du doigt Harada. La jeune femme lui sourit simplement, seule à ne guère être surprise par sa réaction.

  « Virgo !

  -Virgo ?, répéta Shiina avec un air désabusé.

  -Virgo ! »

  Shiina lança un regard interrogateur vers Niwa et Hiwatari. Le premier était toujours occupé à tenter de s'arranger, détachant d'une main les pinces enchevêtrées qu'il étalait sur la table pour tenter de les mettre à nouveau, et le second pour sa part avait simplement croisé les bras sur la table et fermé les yeux, comme pour se dédouaner de tout ce qui pouvait se dérouler à présent. Shiina reporta alors son attention sur Hojo, le voyant fouiller rageusement dans son sac. Il en sortit brusquement un magazine qu'il plaqua sur la table aux yeux de tous : sur la couverture, une femme d'une beauté extrême posait assise sur une fontaine, ses longs vêtements blancs lui donnant une allure de pureté extrême alors que ses cheveux noués en une épaisse tresse ornée de fleurs volaient dans le vent, les pétales orangés échappés venant colorer sa tenue. Elle semblait paisible, les yeux mi-clos, un sourire rêveur aux lèvres, mais Shiina ne mit pas bien longtemps pour la reconnaître, poussant soudain un cri en pointant à son tour du doigt Harada.

  « Vous êtes modèle ?!

  -TOP modèle, insista Hojo dont cela semblait être le plus beau jour de sa vie. Virgo est la coqueluche des grandes marques de mode !

  -Je fais les démarches pour produire ma propre marque », ajouta Harada comme si c'était le plus normal au monde.

  Shiina et Hojo la dévisageaient, statufiés sous l'effet du choc, ce qui semblait grandement la divertir. Niwa en profita pour se pencher vers Hiwatari, incrédule.

  « Comment elle a su que tu serais là au juste ?

  -Pur raisonnement logique, elle est la première à suivre tout ce qui peut concerner Dark Mousy.

  -Hahaha… »

  Niwa rit nerveusement pour toute réponse. Hojo se redressa soudain, prenant fébrilement la main que Harada lui tendit tout naturellement comme par réflexe pour une poignée de main alors qu'il la dévisageait avec des étoiles dans les yeux.

  « Je suis votre travail avec attention !

  -Ravie de l'entendre, gloussa Harada. A qui ai-je l'honneur ?

  -Akira ! Hojo ! Hojo Akira ! »

 Harada rit de plus belle alors que le pauvre Hojo s'emmêlait dans ses paroles. Il se laissa retomber sur sa chaise avec embarras tandis que Niwa se relevait pour laisser sa chaise au mannequin.

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