KAMEREON

DN.Archangel

DN.Angel est un manga de Sugisaki Yukiru sorti en 1997 au Japon, racontant l'histoire du jeune Daisuke Niwa et de la malédiction qui touche sa famille et le pousse à chercher un amour sincère et réciproque afin de se libérer de ce sort. La fiction présente, DN.Archangel, se déroule quatre à cinq ans après les faits du manga. Les choses ont bien changé depuis, et le duo formé par Daisuke Niwa et son ami mais néanmoins rival Satoshi Hiwatari va devoir faire face à de nouveaux événements qui pourraient bousculer tout ce pour quoi ils avaient pu combattre par le passé. Cette fanfiction est écrite afin de pouvoir être lue séparément du manga, il n'est donc pas nécessaire de connaître ce dernier pour lire les chapitres présents. L'histoire prendra un tournant vers le yaoi, cependant ce n'est pas réellement le thème principal de cette histoire.

Chapitre 4

DN.Abscons

  Soigné. C'était le premier mot qui venait en tête lorsque l'on pénétrait l'espace intime de Satoshi Hiwatari, actuel commandant de la section d'enquête sur Dark Mousy et jeune étudiant en filière d'arts appliqués. L'appartement de l'homme prenait en vérité plutôt la forme d'un studio, et ce n'était que parce qu'en plus de la salle de bain la cuisine était également séparée du reste dans une autre petite pièce que l'on pouvait réellement y donner le nom d'appartement. L'espace était entièrement encerclé de quatre uniques murs, en un rectangle parfait pour lequel Daisuke était prêt à parier s'il avait eu un mètre sur lui qu'il se serait avéré par les mesures qu'ils se trouvaient à présent dans un parfait rectangle d'or. Etrangement, cela ne le surprenait pas que Satoshi se soit trouvé à son aise en ces lieux, tout semblait littéralement crier du même perfectionnisme qu'on avait l'impression de ressentir quand on se trouvait face à lui.

  Chaque chose avait sa propre place dans une organisation faite au millimètre près : au centre exact de la pièce se trouvait une table basse qui devait avoir exactement le même rapport de dimensions que la pièce et s'alignait en parfaites parallèles avec les murs, encerclée de part et d'autre, en parfaite perpendiculaire avec la porte qui elle-même se trouvait très exactement au centre du mur sur lequel elle avait été placée, par deux petits canapés de deux places chacun dont les dimensions semblaient avoir été calculées pour correspondre au centimètre près à celles du bord de table en face duquel ils étaient installés. Un immense tapis noir créait un contraste avec la couleur blanc cassé des canapés doubles, faisant se fondre un peu plus dans le décor la table basse aux structures métalliques et au plateau de verre que l'on devinait sous un tapis de dossiers papiers qui bien qu'éparpillés étaient évidemment parfaitement triés et prêts à être rangés sans trop d'efforts. Le tapis de forme carrée avait été placé de sorte qu'il forme par rapport à la porte un losange, placé avec toujours la même minutie géométrique par rapport au centre de la pièce, mais malgré tout organisé de la sorte comme pour casser un peu le côté trop ordonné, certes quelque peu vainement.

  En vérité, on aurait presque pu penser que Satoshi avait des relents de feng-shui dans ses goûts en décoration, car tous les câbles électriques de la pièce, en un nombre presque effrayant à dire vrai, suivaient soigneusement les murs dans les coins les plus sécurisés, contournaient la pièce dans sa totalité, avant de disparaître dans le mur en direction de la porte, créant une parfaite harmonie avec l'équipement électronique. Compte tenu du nombre d'outils informatiques qui prenaient place en ces lieux, il aurait été difficile de faire autrement si l'on ne voulait pas se retrouver à s'étaler tous les mètres dans l'appartement, ce qui aurait fait beaucoup de dégâts compte tenu de la grandeur presque étouffante de l'endroit. De nombreux bureaux recouvraient le mur de gauche, couverts d'ordinateurs, de scanners, d'écrans secondaires, une véritable salle de contrôle personnelle pour ainsi dire, et le nombre de centrales de téléphones fixes aligné sur un des bureaux laissait penser en effet que Satoshi devait l'utiliser de la sorte, chaque téléphone devant probablement être relié à un secteur de son groupe d'enquête si Daisuke ne s'y trompait pas.

  La droite de la pièce était plutôt réservée pour sa part au lit de l'enquêteur, un large lit qui aurait presque pu accueillir trois personnes dans les épais draps blancs, sans chevet ni pied de lit, posé à même un cadre de bois qui semblait avoir fonction de grand tiroir à l'occasion dans lequel il avait probablement dû ranger encore plus de travail, ceci laissant le matelas à une distance parfaitement raisonnable du sol. La tête de lit était encadrée de deux petites tables de chevet qui au lieu de supporter des lampes, une lampe murale étant installée au dessus même du lit et semblant avoir son propre interrupteur contrairement aux autres lumières de la pièce contrôlées par celui à l'entrée de celle-ci, comportaient une tablette d'un côté et un autre téléphone de l'autre, tous deux semblant après inspection éteins, probablement ne les activait-il que lorsqu'il comptait réellement les utiliser contrairement aux ordinateurs qui semblaient tourner constamment.

  Quatre immenses bibliothèques composaient les coins de pièce, deux en angle à droite de la porte d'entrée, deux autres dans l'angle opposé, étant remplies de livres sur tant de sujets que l'on aurait pu se demander comment une personne pouvait-elle s'intéresser à tant de domaines différents à la fois. La salle de bain et la cuisine se trouvaient à l'opposé de la porte d'entrée : la salle de bain était à droite pour être plus proche de l'espace chambre et semblait avoir été laissée ouverte ce matin au départ de Satoshi. Daisuke en riait un peu intérieurement, connaissant la difficulté du commandant à se réveiller rapidement malgré ce qu'on aurait put imaginer de la part de quelqu'un qui se levait avant le soleil. La cuisine, quant à elle, était certes séparée de la pièce principale, mais le mur avait été partiellement découpé entre les deux pièces, créant une large fenêtre au dessus de ce qui était visiblement un bar, et dévoilant le mobilier noir du petit espace cuisine visiblement utilisé en de rares occasions. Malgré l'usage démesuré de mobilier noir et blanc, les murs de la pièce peints en vert viridien et le sol bleu charrette avaient tôt fait de rendre les lieux plus apaisants, propices au travail comme au repos.

  Daisuke s'installa dans l'un des canapés, constatant leur moelleux relatif : ils n'étaient visiblement pas faits pour se reposer, et suffisaient à peine à se sentir à l'aise assit, au moins Satoshi ne risquait-il pas vraiment de s'endormir dessus. Ce dernier réunit habilement ses dossiers comme prévus, les posant sur un coin de la table pour revenir probablement plus tard dessus, puis s'éloigna dans la cuisine.

  « Shiina-san et Hojo-san sont vraiment sympathiques, lança Daisuke d'un ton jovial, détendu après cette soirée avec les deux jeunes gens.

  -En effet. »

  Le manque de précision de Satoshi à propos de son propre avis ne dérangea pas Daisuke : il était habitué depuis bien longtemps à son comportement froid et prudent. Le jeune homme leva le nez, commençant à détailler tout ce qu'il avait pu manquer dans la pièce. Deux plafonniers en guise de lampes à distances égales entre elles et les murs, un grand placard caché derrière la porte de la salle de bain blanc avec des portes coulissantes et un miroir un peu terne… Autant Satoshi semblait-il avoir gardé le goût pour les mobiliers noirs et blancs, autant Daisuke restait-il assez surpris de le voir avoir choisi de telles couleurs de murs et de sols. Peut-être ne les avait-il pas changé en louant les lieux ? Presque surprenant vu la minutie de son installation, après tout il devait avoir ajouté un grand nombre de secteurs et creusé nombre de trous dans les murs pour son installation électronique, ce n'était pas comme s'il n'avait dû faire aucun travaux dans ces lieux. Non, pour Daisuke il s'agissait plus d'une forme d'émancipation avec le passé du jeune Satoshi et avec sa famille qu'il lui était bien difficile d'assumer… Daisuke ne pouvait pas se plaindre de l'étrangeté de la sienne quand il voyait la dureté du père de Satoshi, lequel malgré le temps gardait une main mise sur son fils en tant qu'actuel ministre de la Justice ; tout comme lui il avait monté les échelons, continuant ainsi de préserver son pouvoir sur le moindre de ses faits et gestes.

  « Tu t'en es remis ?

  -Pardon ? »

  Daisuke releva la tête en sursaut. Il s'était tellement plongé dans ses pensées qu'il s'était retrouvé à fixer les différents dossiers sur la table, remarquant ainsi les nombreuses demandes de rapports qu'avait pu recevoir Satoshi du ministère. Satoshi s'assit en face de lui, déposant devant lui un thé Oolong. Daisuke se gratta la joue avec un rire nerveux pour signifier son manque de concentration jusqu'à présent.

  « Je te parlais de Harada-san. Tu t'es remis de votre séparation ?

  -Ah ça… »

  Daisuke baissa à nouveau la tête, et se plongea dans un instant de réflexion. Il y a plusieurs années de cela, alors que Satoshi, lui et leurs amis n'étaient que de simples collégiens, Daisuke s'était retrouvé en situation de sortir avec la jolie Riku Harada, une jeune fille au caractère fort, une boule de feu et d'entêtement, remplie de courage mais quelque peu intrusive. Il avait ressenti de profonds sentiments d'amour à l'égard de la demoiselle, et il mentirait s'il disait qu'il n'y repensait pas bien souvent avec un pincement au cœur. Il est toujours difficile de combattre les sentiments que l'on a eu, même lorsqu'on ne les ressent plus quelque chose au fond de soi se contracte à chaque fois qu'on y repense, à chaque fois que l'on se rend compte que l'on était bien. Que l'on a perdu quelque chose, tout simplement. Ce n'est pas un vide, ce n'est pas un manque, juste… Une profonde frustration.

  « J'aimerai passer à autre chose. »

  Daisuke n'avait pas cherché à cacher ses sentiments en disant cela. Il avait toujours été extrêmement gentil, beaucoup trop même, doux et prévenant. Mais malgré son jeune âge, il en savait beaucoup plus que beaucoup de ses semblables sur les sentiments et plus précisément sur l'amour ; Satoshi était comme lui, il ne pouvait que trop le comprendre, déformer ses sentiments ne lui aurait pas échappé et il aurait eu tôt fait de le rattraper à ce propos. Satoshi porta son verre à ses lèvres, l'observant un bref instant en silence, comme pesant les mots qu'il devait employer.

  « … Tu as eu des nouvelles d'elle ?

  -Vite fait après la remise des diplômes, expliqua Daisuke en croisant les doigts entre ses genoux. Elle m'a envoyé une carte de félicitations, j'y ai répondu. On a échangé quelques lettres… On aurait pu continuer par mails, mais je crois qu'il n'y avait rien de plus à dire. »

  Satoshi resta silencieux, se contentant de hocher la tête. Daisuke prit cela comme un tremplin pour continuer.

  « Elle s'est lancée dans une formation d'assistante maternelle. C'est assez inattendu… Mais les enfants l'aiment bien. Avec son caractère fort, ils sont beaucoup plus sages quand elle est présente, et ils la cherchent quand elle s'absente. Sa formatrice désespère de pouvoir la prendre à temps plein. »

  Satoshi laissa échapper un soupir rieur. Il avait empoigné ses dossiers et commençait à les remplir, mais Daisuke ne s'en souciait pas, connaissant sa capacité de dédoublement de concentration.

  « Dans ses photos elle était avec quelqu'un. Ils ont l'air heureux. Elle a réussi à passer à autre chose au moins.

  -Tu la regrettes ?

  -Pas vraiment… Elle ne nous a pas acceptés tous les deux, et je ne peux pas le lui reprocher. Ce n'était juste… Pas la solution à l'équation. »

  Satoshi releva les yeux derrière ses lunettes, posant ses dossiers sur sa table.

  « Est-ce que tu cherches toujours à ce que quelqu'un vous accepte tous les deux ?

  -Mh… »

  Daisuke reposa son verre et porta ses mains à ses cheveux. Il resserra légèrement ses paumes contre ses tempes, comme pour combattre un mal de tête naissant, tira ses mèches vers l'arrière, ramena ses doigts sur sa frange pour la tirer sur le haut de son crâne… Avant de soudainement s'ébouriffer la crinière avec vigueur, grognant dans ce geste. Il soupira longuement, pour la deuxième fois au cours de sa réflexion.

  « Je ne sais pas. Si l'on est accepté, l'un de nous doit disparaître ? Au début je voulais cela, mais cela fait des années que je vis avec lui en moi, alors je me sens de plus en plus perplexe… Au début, avec Riku, je pensais qu'on avait réussi à vaincre cela, qu'il pourrait continuer de vivre en moi, que nous étions aimés tous les deux. Malheureusement… Ce n'était peut-être pas la bonne forme de sentiment. Nous étions enfants…

  -Tu veux le garder ? »

  Daisuke releva le visage, et ses yeux croisèrent le regard de Satoshi. Le visage de l'homme était barré d'une expression complexe, mais visiblement et catégoriquement contre ce qu'il pensait qu'il allait entendre : ses sourcils étaient légèrement inclinés vers l'avant, barrant son front d'une ombre frustrée, mais une ride du lion se formait entre ses yeux, relevant légèrement l'extrémité intérieure des sourcils avec un semblant d'inquiétude. Ses paupières étaient légèrement plissées, les inférieures légèrement plus que les supérieures, donnant un semblant de méfiance, mais aussi de tristesse ; ses pupilles étaient ternes, et la réfraction de la lumière du plafond sur ses verres de lunettes insistaient encore sur le sentiment de jugement que cela faisait transparaître dans son visage. Les commissures de ses lèvres retombaient, mais il les avait légèrement pincées, dans l'expectative d'une réponse, et dans l'espoir de ne pas entendre ce qu'il savait déjà cependant. Daisuke sourit douloureusement.

  « Je suis Dark. »

  Satoshi baissa les yeux, et lentement sa tête suivit le mouvement. Il soupira légèrement, un soupir de profonde déception. Ils ne pouvaient nier leurs forts sentiments d'amitié, avec toutes ces années ils étaient presque devenus des frères. Daisuke avait tout donné pour aider Satoshi et le sauver de sa famille, même si ce sauvetage ne fut que partiel. Il n'était qu'un enfant. Satoshi avait sans cesse montré sa confiance aveugle envers Daisuke, et avait été prêt à se sacrifier pour lui. Ils étaient des frères, de sang et de cœur. Mais Satoshi ne pouvait pas l'admettre, il ne pouvait accepter que Daisuke et Dark Mousy soient une seule et même personne.

  « … et Dark est moi, ajouta Daisuke avec un léger serrement dans la voix, comme retenant des larmes d'angoisse. Je ne peux plus le rejeter, je ne peux plus…

  -Ca suffit. »

  Le cœur de Daisuke se serra soudain, et il rentra la tête dans les épaules, resserrant les genoux. Il serrait les lèvres, et ses pupilles brillèrent de larmes. Il avait mis Satoshi en colère. L'inspecteur se releva, prenant les verres qu'ils avaient rapidement vidés, et se dirigea vers la cuisine. Le silence était retombé. Daisuke le savait cependant, il ne pouvait de toute évidence pas se faire accepter dans une telle situation par Satoshi Hiwatari. Après tout… Il était un Hikari.

  Dark Mousy, de génération en génération, apparaissait dans le cœur des hommes de la famille Niwa. Le voleur fantôme était un esprit que se partageaient les membres de la dynastie depuis des siècles à présent, une légende que seuls eux connaissaient dans les détails, d'un artiste voleur maudit. Mais Dark Mousy, l'ombre, avait son pendant. Ce même pendant faisait quant à lui partie de la dynastie Hikari, de laquelle la famille d'Hiwatari descendait. Et Satoshi était le dernier Hikari à pouvoir chasser Dark. Pour combien de temps encore ? Il ne le savait pas, car le pouvoir du pendant de Dark petit à petit consumait la vie des descendants du peintre qui avait juré de capturer et de se venger de Dark. Hiwatari mourrait jeune. Daisuke laissa échapper une larme.

  Une impression de chaleur vint se poser sur son crâne. Il n'osait pas réellement relever la tête, ne voulant pas croiser le regard de Satoshi. Compatissant ou dur, quel qu'ait été ce regard, il n'aurait fait qu'aggraver sa tristesse.

  « … Tu veux rester cette nuit ? »

  Daisuke cligna des yeux, surpris. Ce n'était pas le genre de proposition que Satoshi faisait généralement. En temps normal après tout, il ne pouvait absolument pas rester avec lui auparavant, puisque Satoshi habitait dans la maison de ses parents, et quand bien même son père n'ait guère le temps de retourner à la demeure familiale il ne pouvait pas se le permettre ; dans la même idée, Daisuke avait eu grand mal à faire admettre à sa mère d'accueillir occasionnellement Satoshi chez eux, mais lorsque celui-ci avait montré son dévouement envers Daisuke, et qu'il eut également échangé une forme de contrat avec la famille Niwa pour oublier son rôle dès qu'il passait le pas de la porte, ne pouvant donc s'approcher des œuvres volées ni chercher des informations à propos de Dark, ils avaient finalement pu avoir quelques rares dérogations pour des occasions d'urgences. Mais à présent qu'ils habitaient seuls, c'était une autre histoire. Daisuke sourit légèrement.

  « Tu accueilles Dark ?

  -J'accueille Daisuke Niwa, rétorqua Satoshi. J'ai abordé un sujet difficile, je souhaiterai me racheter. Quand bien même je dois admettre que d'autres interrogations persistent…

  -Tu peux poser tes questions. »

  Daisuke se redressa, chassant une larme au coin de son œil, et lui sourit avec assurance. Satoshi releva les sourcils derrière ses lunettes, malgré son regard toujours un peu froid, puis finalement hocha la tête. Il s'assit cette fois-ci à côté de lui, n'abordant aucun contact – il avait retiré sa main de la tête du jeune homme lorsqu'il s'était redressé et gardait à présent une distance raisonnable, seuls leurs genoux se touchaient compte tenu du manque de place – tandis qu'il prenait un air de légère méditation. Par où commencer ?

  « Est-ce que vous avez compris ce qu'il s'était passé avec Harada ? Comment cela a échoué ?

  -La malédiction de Dark entend qu'un amour partagé entre l'hôte et un individu, ou Dark et un individu, admettant l'existence de l'autre et son partage d'esprit unira les deux esprits en un, ou plus précisément que l'un des deux s'endormira. Mais pour cela, il faut comprendre la notion même des sentiments amoureux, leurs effets, un sentiment périssable n'est pas le vrai amour que recherche la malédiction.

  -Nous n'étions que des enfants, répéta Satoshi en échos aux précédentes explications.

  -Je pense que de nous tous, seul Dark connaissait réellement le sens des sentiments qu'il ressentait. Et de toute évidence, ils n'étaient pas ceux qu'il recherchait, c'est pour cela qu'il a tant joué. Qu'il s'est joué de nous trois. Riku n'a jamais admis ça, elle n'a jamais admis Dark, et de ce fait ses sentiments n'ont pas pu se renforcer… Dark a subsisté à ses sentiments fragiles, et finalement nous n'avons pas pu vaincre la malédiction. »

  Satoshi appuya ses coudes sur ses genoux, croisant ses doigts devant son visage et y posant sa lèvre supérieure. Son regard se perdit dans le vide en intense réflexion. Ils n'avaient pas pu en parler auparavant, la séparation de Daisuke et Riku avait eu lieu au cours de leurs années de lycée, mais avait été si douce et naturelle qu'il doutait seulement que cela eut été un jour formulé en mot. Un éloignement progressif au milieu de leurs batailles éternelles. Il avait pu voir les prémices de cette séparation, quand dans le regard de Riku à son égard il avait ressenti des regrets, une envie de se confier, et surtout une certaine frustration. La jeune Harada se tournait vers lui de temps en temps alors qu'elle se trouvait avec Daisuke. Il avait senti le même regard chez Risa à l'époque, mais ce n'était survenu qu'une fois…

  « Comment ta famille a-t-elle reçu l'événement ?

  -Ma mère était désemparée ! »

  Daisuke avait dit cela avec un grand sourire grimaçant, visiblement jaune. Satoshi répondit au trait d'humour d'un sourire en coin.

  « Elle a pris cela comme si c'était la fin du monde ! Mon grand-père était affreusement déçu également, il ne m'a plus adressé la parole depuis…

  -Et ton père ? »

  Daisuke prit une pause. Il connaissait l'attachement de Satoshi à la figure paternelle, mais surtout son attachement au père de la famille Niwa. Il l'avait aidé à plusieurs reprises face à son reflet, après tout il avait longuement étudié à propos de l'existence et du fonctionnement de Dark quand bien même, n'étant pas Niwa de par son sang, il n'avait pas pu être son hôte. Ses connaissances avaient plus d'une fois sauvé Daisuke, et plus encore Satoshi. Il était celui qui avait fini de lui donner l'espoir d'aller à l'encontre de son père, de sa famille, et surtout de son sang, de pouvoir un jour se libérer de la malédiction des Hikari. Daisuke sourit, étrangement cet attachement que son ami avait pour son père l'attendrissait.

  « Il m'a invité au restaurant.

  -… Pardon ?, lâcha Satoshi, dubitatif.

  -Il voulait fêter ma première peine de cœur selon lui !, fit Daisuke en riant. Ma première et sûrement pas ma dernière, disait-il… Il m'a dit que je devais oublier cette histoire de malédiction, que je ne devais pas chercher les sentiments, car ils seraient faussés. Mon père pense que tout viendra en son temps, et que ma séparation avec Riku était un événement normal de ma jeunesse que je ne devais pas raccrocher à nos histoires de famille. Si un jour quelque chose devait survenir à propos de Dark, le jour où nous devrons faire face entre qui de lui ou de moi vivrait en tant que Niwa… Peut-être serait-ce dans mon adolescence, peut-être serait-ce bien plus tard, mais je ne le verrais probablement pas venir. »

  Satoshi avait fermé les yeux au cours du récit. Il semblait boire les paroles du père de Daisuke via ce qu'il lui rapportait à ce propos. Chaque mot semblait d'une profonde importance pour lui. Il soupira légèrement après quelques secondes.

  « On dirait que l'on n'est pas prêts d'en voir le bout…

  -Désolé de te donner plus de travail ! »

  Le rire désolé de Daisuke fit sourire Satoshi alors qu'il tournait la tête vers lui, visiblement amusé. Peut-être son ami était-il également son pire ennemi, mais pour rien au monde il ne ferait marche arrière pour suivre ce que son père avait voulu lui imposer en lui faisant haïr le jeune Niwa ; ils ne pouvaient pas vivre uniquement par leurs sangs et leurs malédictions, ils ne pouvaient pas se laisser diriger par tout cela, et se priver d'une amitié aussi précieuse. Daisuke sursauta soudain, semblant se rappeler de quelque chose.

  « Zut, je dois prévenir Eternité !

  -Eternité ? »

Satoshi releva un sourcil.

  « Quand je suis parti vivre en appartement, mon grand-père a insisté pour que ma mère me fasse prendre Eternité avec moi. Elle doit être en train de m'attendre…

  -Tu vis avec Eternité… ? »

  L'insistance dans la voix de l'homme fit tiquer Daisuke. Lorsqu'il releva les yeux vers lui, il le vit alors accoudé à son genou croisé par dessus l'autre, son menton posé dans la paume de sa main, le surélevant de sorte qu'il avait le nez légèrement levé et l'observait du coin de l’œil en biais. Un large sourire, du moins large de la part de cet homme au sourire froid, se dessinait sur ses lèvres blanches. Elles s'entrouvrirent doucement alors qu'il déclarait d'un ton léger, en un murmure mielleux :

  « Loli-kun. »

  Daisuke eut un long frisson d'horreur, son visage rougissant brutalement alors qu'il se relevait d'un bond, outré, son expression faisant soudain rire Satoshi alors que sa voix résonnait dans l'appartement :

 « Mais arrêtez avec ça !! »

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