KAMEREON

DN.Archangel

DN.Angel est un manga de Sugisaki Yukiru sorti en 1997 au Japon, racontant l'histoire du jeune Daisuke Niwa et de la malédiction qui touche sa famille et le pousse à chercher un amour sincère et réciproque afin de se libérer de ce sort. La fiction présente, DN.Archangel, se déroule quatre à cinq ans après les faits du manga. Les choses ont bien changé depuis, et le duo formé par Daisuke Niwa et son ami mais néanmoins rival Satoshi Hiwatari va devoir faire face à de nouveaux événements qui pourraient bousculer tout ce pour quoi ils avaient pu combattre par le passé. Cette fanfiction est écrite afin de pouvoir être lue séparément du manga, il n'est donc pas nécessaire de connaître ce dernier pour lire les chapitres présents. L'histoire prendra un tournant vers le yaoi, cependant ce n'est pas réellement le thème principal de cette histoire.

Chapitre 2

DN.Agitation

  Les agents de police s’agitaient tels des fourmis lorsqu’on les observait depuis les hauteurs des bâtiments alentours. Évidemment, plusieurs équipes de journalistes locaux et nationaux s’étaient réunis dans les environs en entendant sortir du lot le nom du célèbre voleur fantôme ces derniers jours : Dark Mousy allait à nouveau frapper. Nombreux étaient ceux qui pensaient qu’il avait à nouveau disparu, s’attendant à quarante années de silence de sa part une nouvelle fois, mais cette fois-ci le voleur fantôme n’avait disparu qu’une petite année. Pourtant, la police semblait aussi troublée que les autres fois, n’ayant pas perdu le frisson des soirs qui les plongeaient dans le désespoir d’un jour seulement pouvoir mettre la main sur celui qui faisait rage dans le domaine du vol, voulant croire que ce soir serait le dernier, en vain. Certains idiots continuaient de rire en se persuadant que le nouveau plan serait meilleur que le précédent, un peu comme le pensait à l’époque le bon vieux commissaire Saehara qui finalement avait décidé de laisser tomber la poursuite. Ce n’était pas le cas d’autres poursuivants plus acharnés qui avaient des raisons bien plus précises de poursuivre leur quête. Pourtant, un fort contraste s’était créé entre les policiers qui courraient en tous sens dehors, et ceux qui au contraire à l’intérieur semblaient calmes. Un homme entra dans la pièce malgré les tentatives d’un agent à l’extérieur de le retenir.

  « Où est le commandant ? »

  Les agents qui se trouvaient à l’intérieur échangèrent des regards sans répondre dans un premier temps, avant que l’un d’entre eux ne s’avance vers celui qui venait d’arriver.

  « Je crains que vous ne puissiez entrer en contact avec le commandant pour le moment.

  -Il est dans la salle de surveillance à préparer l’opération, n’est-ce pas ? »

  Ignorant la tentative de l’agent de police de l’éloigner de la salle dans laquelle devait se dérouler le vol de Dark, l’homme se dirigea vers un coin de la pièce dans lequel une caméra surveillait de son œil de verre les membres participant à l’opération, et se levant sur la pointe des pieds plaça sa tête devant l’objectif avec un air décidé.

  « Hiwatari, je sais que tu m’entends ! Je dois te parler, et vite !

  -Saehara ! »

  Takeshi Saehara, le jeune journaliste reconnu pour avoir découvert bien des choses au cours de ses enquêtes à propos du voleur fantôme, tourna la tête d’un air dédaigneux vers celui qui venait de lui adresser la parole, avançant son menton qui arborait une barbe de trois jours quelque peu négligée en une expression exaspérée.

  « Quoi ? Je ne bougerai pas tant que je n’aurai pas parlé au commandant, quoi que vous fassiez !

  -Le voleur fantôme ne va pas tarder à faire son apparition, nous ne pouvons pas retarder l’opération. »

  Saehara toisa un instant du regard l’agent qui lui avait parlé avec une froideur remarquable. Il hésita un instant, jeta à nouveau un regard vers la femme qui croisa les bras pour manifester son refus de coopérer, et finalement poussa un long soupir en se grattant la nuque, ses cheveux retombant un peu vers l’avant lorsque sa tête tomba sur le côté en signe d’abandon.

  « Quelle blague, grogna-t-il. Hiwatari, tu as intérêt à accepter de me voir après cette opération ! »

  Il jeta un œil en direction de la silencieuse caméra fixée sur lui, et se dirigea vers la sortie. Bien que les températures en journée n’étaient pas réellement basses, à l’approche de la nuit soufflait un vent glacial. Ramenant son blouson sur les épaules, le jeune journaliste prodige rangea un carnet dans sa poche tout en mordant rageusement son stylo. Son regard était fixé sur les toits des bâtiments les plus proches : le plus exaspérant avec Dark, c’était que quel que soit le temps que l’on ait passé à le poursuivre on ne savait pas d’où il allait arriver. Il ne venait pas si discrètement puisque la plupart du temps une voix ne tardait pas à annoncer son apparition d’un côté ou de l’autre du bâtiment. Venu du ciel, bondissant d’un toit, se glissant parfois même aisément dans la foule, ses apparitions pouvaient être spectaculaires, mais jamais autant que ses fuites lorsqu’il avait finalement fait main basse sur l’objet de sa convoitise. C’était frustrant de ne pas parvenir à se mettre dans sa tête après toutes ces années.

  « Montre-toi, Dark…

  -Le voilà ! »

  Comme prévu. Saehara tourna immédiatement la tête en direction de la voix survenue. Un doigt était levé en direction du toit du musée. Personne n’avait remarqué jusque là cette silhouette qui semblait être arrivée presque naturellement en haut du bâtiment surveillé. Les forces de la police paniquèrent aussitôt en remarquant les grands ailes noires élevées à la lueur de la lune. Le journaliste prodige serra les dents en le voyant détailler la foule : comme toujours, Dark prenait un malin plaisir à profiter de la surprise des passants. Il tenta de détailler son visage dans l’obscurité, comme espérant croiser son regard, mais le voleur fantôme se laissa soudain tomber du bord du toit, se retournant pour s’attraper à un rebord et se glisser par une des fenêtres. Digne du voleur fantôme, se glisser dans le bâtiment depuis le point le plus complexe pour atteindre l’objet voulu. Le journaliste profita de l’agitation de la police pour se précipiter vers l’arrière du musée et entrer par une porte qu’il avait pris le soin de bloquer en fin de journée avant que l’opération ne soit mise en place. Il se précipita dans le bâtiment. Les couloirs sombres et silencieux lui auraient paru angoissants s’il n’y était pas entré pour se lancer dans une aventure si mouvementée. Il se jeta en direction des escaliers mais ne fit que jeter un œil dans ceux-ci pour tenter d’apercevoir Dark. Quelque chose lui disait que le voleur était parvenu en bas de ceux-ci avant qu’il n’arrive lui-même, et si ce n’était pas le cas il aurait été bien plus efficace de la part de Saehara de se trouver dans la salle où se déroulerait toute l’action plutôt que de risquer de tout manquer en l’attendant ici, restant ainsi à la merci d’un piège.

  Quelque chose le fit tiquer néanmoins lors de sa course contre la montre : ce n’était pas si facile en temps normal pour lui d’entrer dans un musée à la poursuite de Dark, pourtant il semblait cette fois-ci que tout était bien trop simple. Aucun agent de police ne surveillait les couloirs, comme si tous s’étaient réunis à l’extérieur ainsi que dans la pièce principal. Le temps d’achever cette pensée, Saehara déboula devant l’entrée de cette dernière. Il se retint de l’ouvrir violemment, se contentant de s’arrêter en retenant tant bien que mal son souffle qui s’était accéléré dans sa course endiablée. Poussant doucement une des portes, il se permit de glisser un œil dans les lieux. Les agents de police étaient en effet tous réunis ici. Dark n’était-il pas encore arrivé ? Peut-être attendait-il une occasion, tout simplement. Les agents semblaient sur leurs gardes depuis que l’agitation s’était intensifiée au dehors. On entendait les cris des journalistes et des policiers qui courraient en tous sens et se débattaient à l’entrée sans que personne ne l’atteigne, les premiers étant retenus par les seconds. Pourtant, les policiers postés ici ne semblaient pas paniqués, juste tendus. Saehara serra les lèvres, pensif : qu’était donc le fonctionnement de cette opération ? Pensaient-ils le piéger si facilement ? Après quelques secondes de réflexion cependant, Saehara remarqua à nouveau que quelque chose ne semblait pas normal. La police ne s’était pas cachée sur le contenu de la salle, l’objet qui devait être volé se trouvait ici, et pourtant il avait beau chercher il ne le voyait nulle part. Les agents l’auraient-ils déplacé ailleurs ? Cependant, Dark n’était pas suffisamment stupide pour venir dans une salle remplie de policiers si son but ne s’y trouvait pas également.

  « Qu’est-ce qu’Hiwatari a en tête… ? »

  Détournant un court instant les yeux de la scène, Saehara plongea sa main dans la poche de sa chemise pour en extirper son carnet. Toutes les informations nécessaires sur cette apparition de Dark étaient notées dedans, ainsi que toutes autres notes plus anciennes qui pourraient servir dans ses investigation. Ce soir-là, l’objet sur lequel le voleur fantôme avait jeté son dévolu était une pièce de toute beauté, le Baron de cristal qui apparaissait comme un objet ciselé dans un cristal légèrement teinté et serti dans des métaux précieux. L’objet était d’assez petite taille mais devait être présenté dans une vitrine, mis en évidence sur un coussinet. Mais aucune vitrine ni aucun coussinet en vue, pourtant il ne fallut pas bien longtemps après avoir remarqué la photo de l’objet dans ses notes du journaliste pour découvrir où devait se trouver le Baron : les agents présents ici portaient tous un objet y ressemblant, des copies en toc certainement destinées à cacher le véritable objet porté par l’un d’entre eux. Les femmes les portaient en colliers ou en broches, les hommes en médailles ou en bouton de manchette, tous avaient orné leur costume de faux Barons. Saehara eut un sourire en coin.

  « Je vois, bien pensé, commandant. »

  Il laissa échapper un léger rire mais rangea aussitôt ses notes pour se concentrer à nouveau sur la salle, sortant par ailleurs un petit appareil photo qu’il ne prenait que lorsqu’il s’infiltrait de la sorte dans les opérations du commandant Hiwatari pour prendre des photos rapides. Il porta l’appareil au niveau de son visage pour que l’objectif puisse viser ce qu’il voyait, mais garda ses yeux libres pour avoir une vue parfaite sur les lieux. Le silence se prolongeait dans le bâtiment quand la foule à l’extérieur rugissait dans l’agitation.

  « Qu’attend-il ? Le voleur fantôme hésiterai ? »

  Difficile de croire de telles spéculations pourtant pour Saehara : Dark avait toujours pris un malin plaisir à prendre des risques pour substituer les objets à l’attention des forces locales. Au moment même où cette pensée lui traversait l’esprit, un sifflement survint, comme si un ballon venait d’être percé. Le sol de la salle fut bien vite couvert d’une épaisse fumée qui s’élevait dans les poumons des agents qui toussaient et tentaient de s’échapper. Quelques uns avaient eu le réflexe, comme Saehara, de ramener un mouchoir sur leur bouche, mais finalement ne resta dans la salle qu’un agent debout. Un rire survint au dessus de leurs têtes.

  « Bien vu, je n’en attendait pas moins de toi commandant ! »

  Saehara chercha des yeux au plafond de la salle : d’une des fenêtres les plus élevées qui permettaient d’éclairer le plafond peint de la coupole, une ombre se penchait au dessus du vide. Dark bondit de son perchoir, retombant sur le sol avec la souplesse d’un chat en faisant voler dans la pièce des plumes noires parmi les résidus du gaz qui s’était bien vite dissipé, laissant apparaître à terre les agents évanouis. La jeune femme qui était parvenue à résister au gaz retira son mouchoir de devant son nez, fixant Dark avec une certaine haine dans le regard qu’on n’aurait pu lui imaginer. Le voleur fantôme s’approcha d’elle, un sourire aux lèvres, prenant entre ses doigts gantés une des longues mèches de la femme qu’il porta à ses lèvres, inspirant comme s’il humait le parfum d’une fleur.

  « Décidément, tu es tout à fait mon type de femme. »

  La jeune femme resta impassible. Pour Saehara, difficile de bien assimiler la situation. S’il ne faisait pas erreur, Dark et cette femme se connaissaient parfaitement. La voix de la femme lorsque celle-ci prit la parole ne tarda pas à répondre à ses questions.

  « Quant à moi je n’en attendais pas moins de Dark le voleur fantôme, mais es-tu certain que ton plan fonctionnera contre le mien ? »

  Saehara manqua de s’étouffer : un instant, cette belle femme en tailleur aux longs cheveux de jais et au visage si élégant qui l’avait abordé plus tôt dans la salle était donc Hiwatari ? Il crut un instant défaillir, mais hors de question de rater ne serait-ce qu’une seconde du vol spectaculaire du voleur fantôme. À une époque, il serait sorti de sa cachette de façon exagérément voyante pour tenter de capturer Dark, mais c’était un temps révolu, à présent il était le journaliste le plus à même de rapporter les moindres actes de celui-ci comme s’il était sans cesse à ses côtés. Il retint son souffle, voyant Dark se redresser avec un sourire moqueur.

  « Sur quel point ?

  -Je te laisse deviner, répondit Hiwatari avec impatience.

  -Oh, tu veux dire, à propos de cela ? »

  Dark sortit soudain de derrière lui un bijou d’un éclat incroyable : Le Baron de Cristal. Hiwatari porta soudain sa main à sa poche de chemise, posant les doigts sur celui qu’il portait, et fixant le voleur d’un air méfiant. Celui-ci rit de plus belle :

  « Te poserais-tu la question de si ce bijou est le véritable Baron, commandant ? Allons, tu me vexes là, seul un imbécile pourrait confondre cette camelote que tu portes avec le véritable trésor… »

  Cette fois-ci, Hiwatari réagit au quart de tour, tant et si bien que Dark qui se pavanait plus tôt devant lui ne parvint pas à anticiper le mouvement, ses pieds se faisant emporter dans le mouvement de jambes au sol que fit le commandant, le précipitant à terre tandis que l’autre lui sautait à la gorge pour le plaquer. Hiwatari ramena une de ses longues mèches derrière son oreille, plissant les yeux d’un air exaspéré.

  « Ne me prend pas pour le dernier des idiots, Dark, je sais que ces pièges ne servent à rien contre toi. Tout ce que je voulais, c’était que tu sois à ma portée…

  -Comme toujours, tes mots sont troublants, commandant ! »

  Saehara était troublé quant à lui face à l’assurance dont faisait preuve Dark alors qu’il était complètement immobilisé par son adversaire, mais dans le regard du commandant n’apparaissait pas la moindre hésitation : ce n’était pas la première fois qu’il faisait face au voleur fantôme, son expérience était supérieure à celle de n’importe quel autre spécialiste, même de Saehara qui avait finit par comprendre la manière de faire du voleur fantôme. Dark sourit, et se redressant frôla le visage d’Hiwatara, lui glissant dans un murmure à peine audible pour l’observateur derrière la porte :

  « Cela devient une charmante habitude.

  -Mais cette habitude vient à son terme.

  -Tu crois ? »

  Hiwatari retint un cri quand soudain des ailes noires vinrent battre devant son visage. Saehara se sentit littéralement bondir sur place d’excitation : il était rare que Dark ait besoin d’aide, mais dans de telles conditions il était arrivé qu’une créature ailée, semblable à un chien, celle qui devait être les ailes noires du voleur fantôme lorsque celui-ci apparaissait au clair de la pleine lune, bondisse soudain. Une fois de plus, le commandant ne s’était pas attendu à une soudaine apparition, mais alors que Dark s’échappait il parvint à se raccrocher à lui, l’empêchant de partir complètement. Le voleur fantôme, à demi relevé, lui adressa un sourire, caressant son visage du bout des doigts en semblant s’amuser du déguisement que portait son adversaire.

  « Le moment des au revoir a un goût amer. »

  Hiwatari inspira de surprise, n’ayant pas le temps de réagir avant que soudain les lèvres de Dark ne capturent les siennes. Il lâcha peu à peu sa prise et tomba à terre tandis que le voleur fantôme s’envolait. Saehara captura dans son appareil photo la dernière image de ce vol de Dark, épaté. Il y avait quelque chose de troublant dans cette disparition, mais tandis que les dernières plumes noires retombaient sur les corps des agents évanouis, le battement d’ailes de ce magicien des temps modernes résonnait comme une impression de nouvelles découvertes. Chaque rencontre lui permettait d’en apprendre plus sur ce fascinant personnage. Le journaliste laissa son regard retomber sur la scène, puis ses yeux capturèrent la silhouette d’Hiwatari qui n’avait toujours pas remué le petit doigt. Saehara sentit de la panique monter en lui.

  « Hiwatari !! »

  Ouvrant la porte à la volée et se précipitant dans la salle, il tomba à genoux devant son ami, se mettant à le secouer pour tenter de l’éveiller. Aucune réaction. La panique laissa place à une peur plus mesquine tandis qu’il se penchait, plaçant son oreille au dessus des lèvres de son ami : un léger souffle d’air vint réchauffer son lobe. Saehara poussa un long soupir de soulagement, se rendant compte que le commandant n’était qu’endormi. Évidemment, il n’était pas dans les habitudes de Dark de tuer quelqu’un, de l’empoisonner ou quoique ce soit d’autre, et après rapide vérification de l’état de santé d’Hiwatari le journaliste pu confirmer qu’il n’avait qu’ingéré une sorte de somnifère pour dormir paisiblement pendant un temps indéterminé. Les cris à l’extérieur avaient cessé, et bien vite le commissaire local entra en trombe dans le bâtiment, en pleine panique à son tour.

  « Commandant ! Dark s’est enfui !

  -Je pense qu’il l’a remarqué. »

  Le commissaire écarquilla les yeux en voyant le spectacle qui se présentait devant ses yeux, puis remarquant au milieu des agents endormis un homme familier qui retenait en position assise une jeune femme qui n’était autre que le commandant Hiwatari, il apparu sur son visage une expression de frustration intense.

  « Comment êtes-vous entré ici ?!

  -Par la porte de derrière, commissaire », répondit Saehara en tirant le langue d’un air évident, montrant la porte derrière lui d’un geste de la main pour appuyer son propos.

  Le commissaire s’était lancé dans ses remontrances, outré de n’avoir pas vu entrer ce fouineur dans le bâtiment, mais le journaliste ne l’écoutait déjà plus : Hiwatari avait remué et commençait déjà à ouvrir les yeux, démontrant que le produit ingéré était efficace soudainement mais pendant peu de temps. Il cligna des yeux un instant, semblant fixer ses vêtements d’un air incertain, puis voyant le bras de Saehara remonta son épaule jusqu’à son visage qu’il détailla d’un air à demi-conscient. L’homme lui sourit, rassuré.

  « Bien dormi commandante ?

  -… Dark ?

  -Il s’est enfui, évidemment.

  -Évidemment… »

  Hiwatari soupira, retirant la perruque qu’il portait et arrangeant de l’autre main ses cheveux mi-longs couleur argent qui lui retombaient au bas du cou, se redressant légèrement sans même tenter un seul instant de se relever, conscient qu’il ne ferait que tituber et retomber aussitôt. Entendant le commissaire vociférer à côté, il releva un regard sévère vers ce dernier, lui lançant d’une voix forte :

  « Commissaire, on ne vous paie pas pour parler dans le vide, faites le tour des lieux pour chercher des indices et mettez un peu d’ordre ! »

  Le commissaire s’arrêta en pleine phrase, détourna les yeux d’un air troublé à l’idée de s’être emporté de la sorte et s’empressant de confirmer qu’il avait compris les ordres qui lui avaient été donnés se retourna pour commencer à diffuser les siens parmi les quelques agents qui étaient encore avec lui à l’extérieur du bâtiment un peu plus tôt et qui s’activèrent à aider ceux qui avaient perdu connaissance à l’intérieur. Hiwatari se releva avec précaution, s’assurant de bien tenir debout, puis posant les yeux sur Saehara qui en avait également profité pour se remettre sur pieds sembla un instant troublé.

  « Depuis combien de temps… ?

  -Depuis le début, je n’ai pas attendu de me faire raccompagner pour faire le tour du bâtiment et revenir à l’entrée de la salle, quand on me jette par la porte je reviens par la serrure tu me connais.

  -Alors tu as vu… ?

  -Tout vu et tout noté, comme d’habitude je vais sélectionner ce qui doit être dit et ce qui ne doit pas être dit mais j’ai tout d’enregistré dans la caboche. »

  Hiwatari ne lui lança pas le moindre regard noir, semblant au contraire plutôt doux. Il secoua la tête, retrouvant peu à peu ses esprits, et regagnant de la consistance et donc de la froideur reprit d’une voix plus certaine.

  « Il est donc nécessaire que nous parlions. Laisse-moi un peu de temps pour mettre de l’ordre et je te rejoins à l’entrée du musée.

  -Pas de salle de surveillance aujourd’hui ?, demanda Saehara qui était habitué à squatter les salles de surveillances avec Hiwatari quand il parvenait à s’y infiltrer.

  -Nous n’en avons pas pris l’accès, et puis je ne me sens pas de continuer les opérations aujourd’hui. »

  La phrase était pour le moins surprenante venant de la part d’Hiwatari, mais elle décida Saehara à ne pas insister. Le journaliste se retrouva bien vite donc hors du bâtiment à regarder les derniers agents faire des allés-retours, fumant une cigarette pour tenter de tuer le temps. Le commandant le rejoint après de longues minutes, portant ses habituels vêtements de civil et ses lunettes sévères auxquelles était bien plus habitué Saehara. Ce dernier lui sourit, cigarette entre les dents.

  « Tes opérations ont toujours autant de succès, dommage que ta cible soit la seule au dessus de tout ça.

  -Mon rôle n’aurait aucun intérêt si le voleur fantôme tombait si aisément dans ce genre de pièges, il me faut encore perfectionner la chose.

  -Tu m’impressionneras toujours. »

  Les deux hommes se mirent à marcher côte à côte lorsque Saehara eut écrasé sa cigarettes, prenant la direction de la ville où tous deux avaient leurs appartements. Ils n’échangèrent que peu de mot jusqu’à-ce que finalement le journaliste lance la discussion qui les avait menés à se rencontrer hors de l’opération :

  « Donc ? De quoi voulais-tu parler ? S’il y a quelque chose que tu voudrais que je cache, il va me falloir y réfléchir.

  -Pas exactement, ce que tu découvres m’est égal, rétorqua Hiwatari avec froideur. Je voulais en vérité demander une confirmation.

  -Une confirmation ? Tu veux dire, à propos d’un détail du plan ? Tu sais, je n’ai jamais été doué pour perfectionner tes opérations.

  -Je ne veux pas parler de l’opération, mais de ce qu’il s’est passé. »

  Saehara retint un sourire jaune : étrangement il avait l’impression de savoir autour de quoi allait tourner le sujet.

  « Hum, si tu n’es pas sûr de ce qu’il s’est passé avant que tu perdes connaissance… Il vaudrait mieux que tu ne saches pas.

  -Je le sais.

  -Aouch... »

  Hiwatari lança un regard perplexe et à la fois évident à son ami : comment ne pas se rappeler de quelque chose comme ça ? Outre cela, il ne parvenait pas vraiment à comprendre ce qui pouvait avoir gêné à ce point le journaliste, et de toutes manières ne voulait pas voir plus au loin dans son esprit. Il se contenta de fixer ses pieds en marchant, réfléchissant au moyen de formuler correctement ses propres pensées.

 « … C’est quelque chose entre les deux qui m’a troublé. »

Créez un site Web gratuit avec Yola