KAMEREON

DN.Archangel

DN.Angel est un manga de Sugisaki Yukiru sorti en 1997 au Japon, racontant l'histoire du jeune Daisuke Niwa et de la malédiction qui touche sa famille et le pousse à chercher un amour sincère et réciproque afin de se libérer de ce sort. La fiction présente, DN.Archangel, se déroule quatre à cinq ans après les faits du manga. Les choses ont bien changé depuis, et le duo formé par Daisuke Niwa et son ami mais néanmoins rival Satoshi Hiwatari va devoir faire face à de nouveaux événements qui pourraient bousculer tout ce pour quoi ils avaient pu combattre par le passé. Cette fanfiction est écrite afin de pouvoir être lue séparément du manga, il n'est donc pas nécessaire de connaître ce dernier pour lire les chapitres présents. L'histoire prendra un tournant vers le yaoi, cependant ce n'est pas réellement le thème principal de cette histoire.

Chapitre 1

DN.Accoutumance

  Nous pourrions commencer notre histoire en racontant le passé de notre personnage de manière à l’introduire convenablement. Nous pourrions le présenter en entrant dans sa tête à la façon d’un début de série animée, ou bien même nous pourrions tout simplement jeter notre lecteur dans une action surprenante dans lequel il se perdrait et se noierait jusqu’à-ce que la bonne volonté de l’auteur attrape sa main pour le sortir de son égarement, si du moins l’auteur fait montre de la moindre bonne volonté. Mais aucun de ces débuts d’histoire ne conviendrait pour décrire dans de propres mots l’état de Daisuke Niwa lorsque celui-ci déambulait dans les couloirs de ce nouvel établissement qu’il venait d’intégrer. Ce n’était pas sa première fois dans un établissement où il ne connaissait personne, et pour tout dire vivre seul n’était pas vraiment la chose qui l’inquiétait le plus, les soucis de tout étudiant normal n’étaient pas vraiment au goût du jour pour ce jeune homme au passé tourmenté par des histoires familiales hors normes. Personne n’aurait pu imaginer ce que Niwa avait vécu jusqu’à aujourd’hui, les journaux eux-même qui suivaient sans le savoir avec minutie le moindre de ses grands actes ne suffisaient pas vraiment à raconter son passé, alors il aurait été bien maladroit de notre part de nous y plonger si soudainement. Pour autant, nous ne souhaitons guère plonger notre lecteur dans un silence dubitatif devant une introduction douteuse de ce jeune homme qui, en cet instant, errait silencieusement dans les couloirs vides d’une faculté littéraire, non loin de l’aile consacrée aux arts appliqués.

  Son regard se posa dans son errance sur la porte d’une salle qui était ouverte. Il se serait attendu en vérité en regardant à l’intérieur à voir comme dans toute autre salle du rez-de-chaussée de la faculté un petit nombre d’étudiants en vêtements élégants en train de discuter dans un amphithéâtre plus ou moins grand en l’attente de l’arrivée du premier professeur. La semaine de mise en place de l’année était déjà passée, et toutes les classes avaient déjà mis en place leur programme de l’année. Des rencontres très brèves avec les professeurs avaient à peine permis aux élèves d’entrapercevoir des visages qu’ils pourraient à peine reproduire en de grossier traits de mémoire, tandis qu’ils s’imaginaient toutes sortes de choses incroyables sur leurs cours vaguement dépeints par ces hommes et ces femmes qu’ils devraient côtoyer toute l’année. En résumé, Niwa s’attendait à voir un petit groupe de première année discutant des futurs cours théoriques qu’ils recevraient, ou des professeurs et de comment ils les imaginaient, mais il n’en était rien. Au lieu de l’image maladroite qui avait empli plus tôt l’esprit du jeune homme, ce fut une petite pièce élégante éclairée comme de plein jour malgré la pâle lumière matinale, au milieu de laquelle de nombreux équipements de peinture reposaient. Pinceaux, brosses, mais aussi craies, encres, fusains et autres média côtoyaient les aérographes, gommes et éponges entre les chevalets qui accueillaient quelques toiles vierges semblant abandonnées depuis un bon moment déjà.

  Pendant un instant, cette image sembla détendre Niwa et lui faire oublier les tensions qui le tourmentaient plus tôt. Il s’avança dans la pièce, hésitant, laissant son regard se perdre sur l’étendue pâlichonne qui se trouvait face à lui. Il y a bien longtemps de cela, il fut victime d’une péripétie bien étrange. Vous vous en serez doutés dans ces lignes si l’histoire de Daisuke Niwa vous est inconnue : en effet, ce jeune homme n’est pas étranger aux anormalités, à l’irréel. Dans ses mésaventures, il lui était arrivé malheureusement de se retrouver coincé dans un monde sur lequel il ne peut toujours pas mettre des mots, il avait d’une certaine manière effectué un pas de côté lorsqu’il était entré en contact avec une œuvre et avait passé de longs moments entre tourment et fascination. Ce monde était encore parfaitement dépeint dans sa mémoire, il pouvait en voir les moindres traits comme s’il avait été capable, là, à l’instant, de le reproduire sur toile. À l’époque déjà il était fasciné d’une certaine manière par l’art, et se retrouver ainsi, comme à l’intérieur d’une œuvre, tentant de dessiner et peindre pour compléter ce qui manquait à celle-ci était bien l’une des dernières choses qu’il aurait pu oublier. Il restait néanmoins à cet instant quelque peu froid devant la toile. Pourquoi donc ? Il laissa échapper un soupir qui se répercuta contre les murs, le faisant sursauter. La pièce était vide, horriblement vide, et si l’on trouvait au centre de celle-ci tables et chevalets, rien ne couvrait les murs. C’était à la fois austère et engageant, tant ces lieux étaient sobres pour une salle d’art, tant pourtant ils semblaient inviter à créer, à mettre un peu de couleur sur cette salle et cette toile blanche. Lui en voudrait-on, après tout ce temps passé ici sans que personne n’entre, s’il laissait ses doigts glisser sur le pinceau à sa droite ?

  Nous ne pouvions guère dire que l’histoire du jeune Niwa était lié à l’art tel qu’on le dirait de n’importe qui d’autre un tant soit peu intéressé par celui-ci. Sa famille s’y connaissait incroyablement bien, il n’y avait rien à redire à ce propos. Et pourtant, il était le seul qui ne se sentait à l’aise que lorsqu’un pinceau laissait ses doigts effleurer son bois vernis tandis que sa brosse, lentement, peignait le doux grain de la toile sur un chevalet. Un murmure exquis s’échappait de la surface lumineuse, un frottement si tendre qu’il ressemblait à l’ouïe à la caresse dans les cheveux d’une jeune fille. La poésie aurait été insuffisante pourtant pour décrire l’apaisement que cela donnait à l’esprit maladroit du jeune homme tandis que, semblant enfin permettre un peu de repos à ses pensées, il se laissait glisser sur une chaise en admirant comme un spectateur son bras danser devant la toile peu à peu colorée. Il n’aurait pas vraiment su dire combien de temps il avait passé ainsi, pour tout dire il ne s’en inquiétait pas car l’heure était le cadet de ses soucis ce jour-là, mais il n’était pas dans un état suffisamment léthargique pour autant pour ignorer le reflet dans la fenêtre. Il manqua de laisser échapper son pinceau, retenant un cri.

  « Z-zut ! »

  Il rattrapa aussitôt l’outil, s’assurant de ne pas avoir provoqué le moindre accident embarrassant, et posa aussitôt la brosse au fond d’un verre rempli d’eau, prenant un air penaud. À l’entrée de la salle, une jeune femme au carré blond foncé et ondulé le fixait derrière les verres de ses grandes lunettes néanmoins élégantes. Son petit nez en trompette – qui lui donnait un semblant d'air de souris avec ses grands yeux qui cachaient fort mal sa curiosité naturelle – se plissa alors qu’elle croisait les bras, et pourtant elle ne parut pas un instant sévère lorsque, penchant légèrement son visage, elle s’adressa à Niwa.

  « Oh, je ne pensais pas que quelqu’un serait en train de travailler si tôt alors que les cours commencent en fin de matinée. Je dérange ?

  -Euh, n-non, je pensais au contraire que j’étais celui qui dérangeait, s’expliqua-t-il en rougissant d’embarras. Je me suis laissé emporter… »

  L’embarras le gagna quand il rejeta un coup d’œil vers sa toile, mais le temps que l’idée de la cacher lui traverse l’esprit il lui sembla que la jeune femme s’était téléportée derrière lui.

  « Remarquable !

  -Wouargh ! »

  Niwa battit des bras dans le vide en signe de panique, espérant trouver une solution mais il finit par abandonner bien vite, ses main venant se réfugier entre ses jambes serrées d’un air penaud, les yeux fixés sur ses pieds. L’inconnue avait le regard dardé sur le visage qui était apparu sur la toile, il était trop tard pour cacher quoique ce soit, et bien que l’embarras avait gagné le visage du jeune homme qui semblait aussi rouge que sa chevelure indomptable il n’était pas suffisamment bête pour pousser la réflexion plus loin. La jeune femme joua du doigt avec son foulard rouge, un léger sourire paraissant sur ses lèvres roses.

  « C’est incroyable, les couleurs sont si douces ! Nous avons des ténors de la peinture dans la classe apparemment !

  -P-pas tant que ça, hasarda Niwa qui ne soutenait plus sa gêne.

  -Elle est vraiment jolie cette petite fille, est-ce quelqu’un que tu connais ? Ta petite sœur ? »

  Le regard de Niwa se concentra enfin plus sur le spectacle qu’il lui avait juste semblé admirer sans comprendre plus tôt. C’était de cette manière qu'il ressentit cette découverte de la toile, mais son esprit était bien alerte pourtant de ce qu’il avait fait. Il décocha un sourire, mais ses couleurs ne disparurent pas un instant.

  « Non, plutôt… Une très bonne camarade au collège, Riku.

  -Oh... »

  La jeune femme resta un instant silencieuse, mais un sourire mesquin parut sur son visage.

  « Tu fait un lolita complexe en fait ?

  -Waaaah ! M-m-mais pas du tout ! »

  Niwa semblait plus rouge que jamais alors que la jeune femme se mettait à rire sans retenu, laissant paraître au grand jour son fort caractère. Le jeune peintre abattit ses mains sur son visage en désespérant à l’idée d’être ainsi mépris. Pourtant il lui fallait l’admettre : il avait inconsciemment reproduit l’image de celle qu’il aimait quelques années auparavant, et il n’en avait de souvenirs que ses traits de collégienne.

  « Hinako !

  -Oh, Akira ! Viens voir, viens voir ! »

  Niwa écarta deux doigts de devant ses yeux pour observer le nouvel arrivant. Un homme qui devait cependant avoir à peu près son âge se tenait devant la porte, le regard sévère et les mains enfoncées dans les poches d’un pantalon pourtant très soigné, malgré les cheveux rebelles de l’intéressé qui partaient en piques dans sa nuque et sa barbe de trois jours. Il releva un sourcil face à l’excitation de ladite Hinako.

  « Qu’est-ce que c’est ?

  -Je te présente Lolicon-san, il peint super bien !

  -J-je ne suis pas lolicon ! »

  Hinako rit de plus belle face à l’appel désespéré de Niwa tandis que ledit Akira s’approchait d’une démarche nonchalante. Il se pencha vers la toile et son regard plus tôt d’un vide inquiétant s’éclaira d’une lueur.

  « Un portrait ?

  -Oui, de sa petite Riku !

  -Mais… !

  -Son visage est paisible. »

  Niwa s’apprêtait à rétorquer auprès de la jeune femme, mais les paroles du nouveau-venu le freinèrent dans son élan. Il laissa son regard se poser sur le visage de Riku, et un sourire maladroit apparu sur ses lèvres.

  « Vraiment ? Alors je ne suis pas si bon peintre, Riku était loin d’être si paisible. »

  Hinako semblait partie du bon pied pour continuer de rire bien longtemps, car dans son entrain elle rit aussi de la remarque de Niwa, lui donnant une tape dans le dos qui le fit se crisper avec une grimace de surprise. L’homme se releva alors et tendit la main devant le visage du jeune peintre.

  « Je suis Akira Hojo, j’entre en première année d’art avec cette folle.

  -Hé ! »

  Niwa releva les yeux vers Hojo, un peu surpris, mais un sourire doux apparu sur son visage alors qu’il acceptait, bien qu'un peu décontenancé par ce geste, la poignée de main. Hinako sauta sur l’occasion pour se présenter à son tour :

  « Et moi c’est Hinako ! Hinako Shiina ! Enchantée, Lolicon-kun !

  -Je ne suis pas lolicon ! »

  Shiina rit de plus belle face à l’énervement de Niwa, surtout quand elle le vit croiser les bras en désaccord avec une mine pleine de reproches. Néanmoins, le regard inquisiteur de Hojo le sortit de son débat avec la jeune femme, le faisant se relever aussitôt pour s’incliner légèrement avec un peu de gêne mais un sourire engageant : autant faire bonne impression avec de futurs camarades, si eux aussi intégraient la première année d’art appliqué.

  « Mon nom est Daisuke Niwa, j’entre aussi en première année, je m’en remet à vous.

  -Oh, ça ne m’étonne pas de toi Loli-kun !

  -Ni-wa ! », corrigea l’intéressé avec sévérité.

  Shiina rit de plus belle alors que Hojo laissait échapper un soupir rieur.

  « Tu as du mérite pour t’être habitué aux remarques de cette folle aussi vite.

  -Hé !, s’exclama l’intéressée.

  -Je ne me sens pas vraiment habitué pourtant. »

  Shiina lança un regard noir à Niwa qui avait pris une mine éreinté mais qui, devant l’expression de la jeune femme, ne put empêcher un rire. Il leur fallut un moment pour se calmer, mais après quelques minutes de présentations en bonne et due forme les trois jeunes gens s’étaient finalement installés sur les chaises autour du chevalet et discutaient paisiblement sans crainte de l’heure qui tournait si lentement. Niwa était arrivé aux aurores dans l’établissement malgré le fait que la réunion pour le premier cours ne se faisait qu’en fin de matinée, et l’arrivée de Shiina et Hojo n’avait pas été non plus des plus tardives, aussi leurs esprits étaient-ils apaisés tandis qu’à peine dans les couloirs certains étudiants se mettaient à passer en discutant, premiers arrivés dans les amphithéâtres.

  « Alors comme ça tu peignait parce que tu stresses, résuma Shiina avec un air plus calme et mature convenant à son âge.

  -C’est un peu ça.

  -La première année dans un établissement est toujours plutôt mouvementée, puisqu’on ne sait pas à quoi s’attendre réellement contrairement aux années qui suivent, et pas seulement sur le plan social, expliqua Hojo. C’est donc plutôt normal, ça passera après quelques cours. »

  Niwa serra un peu ses doigts entrecroisés entre ses genoux mais se contenta de sourire. Pour tout dire, il ne s’en souciait pas, il n’était pas le plus sociable qui soit mais il parvenait à se faire des amis, et pour les cours il n’était pas le plus mal placé, sans parler du fait qu’il avait un certain quotidien… qui le suivait de plusieurs années, pour résumer. Il se contenta néanmoins d’un petit air gêné qui devrait faire l’illusion.

  « C’est sans doutes ça oui, mentit-il. Mais ce n’est pas la première fois, je ne m’en soucis pas. Le changement de ville ne m’angoisse pas non plus.

  -Oh, tu as changé de ville du coup ?, demanda Shiina pour confirmation.

  -Exact, il n’y avait pas de faculté dans ma ville, et puis je voulais prendre un peu d’indépendance.

  -Je comprend tout à fait, la présence des parents peut devenir une gêne », confirma Hojo avec un hochement de tête qui ne semblait pas bien sérieux.

  Shiina eut un sourire moqueur.

  « Héhé, surtout pour les…

  -… filles. »

  La jeune femme pris un air hébété lorsque Niwa lui coupa l’herbe sous les pieds. Hojo écarquilla les yeux, mais pour sa part c’était pour une toute autre raison.

  « M-m-mais non, c’était pas ça !

  -N-non, pas ça ! », confirma Niwa en se prenant la tête entre les mains avec un air entre la gêne et la panique.

  Shiina avait complètement perdu le fil de la discussion, ne parvenant pas à comprendre ce qu’il venait de se passer chez Niwa qui pourtant lui semblait si innocent, un peu comme si une quatrième personne venait de parler. Néanmoins elle n’eut pas le temps d’y réfléchir car Hojo se releva soudain, le nez fixé sur sa montre.

  « On a encore du temps mais nous devrions aller dans l’amphithéâtre, sinon il n’y aura plus de place.

  -Petits comme il sont, je vois ce que tu veux dire, s’exclama Shiina avec un soupir désespéré. Je me demande seulement si tout le monde rentrera dans la pièce, même si la faculté est petite il y a quand même beaucoup d’élèves apparemment ! »

  Niwa fixa ses deux camarades avec un air curieux, mais quand ceux-ci se tournèrent vers lui il s’empressa de se lever, jetant un rapide coup d’œil sur sa toile sans sembler inquiet de son sort, et les suivit sans plus attendre. En effet lorsqu’ils parvinrent dans l’amphithéâtre malgré le temps qu’il leur restait à attendre ils purent remarquer qu’un assez grand nombre d’étudiants s’y trouvaient déjà. Certains, assis, tentaient de se calmer en attendant l’heure, tandis que d’autres bavassaient aux quatre coins de la salle. Un attroupement de jeunes femmes s’était fait à l’entrée de la salle tandis qu’elles jetaient des regards nerveux vers l’entrée. Niwa pencha la tête sur le côté.

  « Qu’attendent-elles ?, demanda-t-il, ne pouvant vraiment s’imaginer qu’elles cherchaient avec tant d’impatience le professeur alors qu’ils n’avaient même pas la moindre question à poser encore.

  -Allez choisir des places, je vais demander ! »

  Niwa cligna des yeux tandis que Shiina s’avançait parmi ses camarades. Il suivit néanmoins Hojo sans se plaindre, se contentant de le questionner du regard. Celui-ci ne tarda pas à donner sa réponse : malgré son air assez absent que Niwa aurait apparenté à l’expression d’une tortue pour continuer sur les allégories animales, il semblait au contraire plutôt vif d’esprit.

  « Hinako-chan est très populaire, un grand nombre de ces femmes sont de son lycée ou de son quartier. »

  En effet, il ne fallut pas longtemps à Shiina pour revenir avec l’information tant attendue.

  « Elles attendent un étudiant qui est apparemment dans notre filière. Elles parlent de quelqu’un d’assez célèbre apparemment, un gars qui serait apparu dans les journaux et qui serait plutôt canon.

  -Les habitudes des femmes ne changent pas avec l’âge », soupira Hojo.

  Shiina ne releva pas la remarque comme si elle échappait totalement à cette généralité, et pour tout dire Hojo ne sembla pas vraiment la compter dans le lot. Cependant, les mots de la jeune femme semblèrent troubler Niwa. Celui-ci réfléchit un instant : quelqu’un lui venait bien à l’esprit mais il n’osait faire de conjecture, pour tout dire s’il avait un grand succès depuis toujours il ne s’imaginait pas non plus que cela commence dés le début de l’année.

  « Le voilà ! »

  La voix d’une des jeunes femmes retentit, suffisamment forte pour attirer l’attention mais suffisamment discrète pour ne pas couper les discussion et donc ne pas mettre au courant trop vite l’intéressé. Quelqu’un entra dans la salle, mettant complètement en tord les doutes de Niwa. Un grand sourire néanmoins se dessina sur son visage, laissant même échapper un rire alors qu’il quittait sa place sans attendre pour se précipiter vers le nouveau-venu.

  « Sa-to-shi ! »

  Hiwatari retint un cri de surprise en sentant soudain un poids sur ses épaules, mais parvint à rester parfaitement impassible, relevant ses lunettes tout en fixant du coin de l’œil la bouille d’enfant qui venait de se poser sur son épaule entre les bras qui les encerclaient, semblant habitué à cela.

  « Daisuke-kun, ma patience a des limites.

  -Mais tu ne me feras rien tant que c’est moi, n’est-ce pas ? », rétorqua Niwa avec un rire.

  Hiwatari poussa un long soupir face à cette réponse, mais ne le contredit pas pour autant. Le regard des jeunes femmes autour d’eux semblaient tous converger vers ce jeune homme qui était venu accueillir sans la moindre gêne la nouvelle future coqueluche de la classe. Pour tout dire, c’était devenu un jeu pour Niwa depuis quelques années : bien au fait de la froideur de Satoshi Hiwatari qui s’était accrue depuis le collège, il avait fini par se lancer pour défi de tenter de le déstabiliser quelle que soit la façon, et après une première année de lycée à l’avoir vaguement surpris en l’accueillant de la sorte mais surtout à avoir remarqué que Hiwatari répondait à ce geste d’affection avec une froideur incroyable, plutôt que d’en être blessé Niwa s’en était au contraire trouvé amusé et en avait fait plus ou moins une tradition. Hiwatari tira littéralement Niwa derrière lui sans tenter de s’en débarrasser, montant quelques marches de l’amphithéâtre, avant de se retrouver lui-même tiré par Niwa en direction de Hojo et Shiina devant lesquels ils s’installèrent. La jeune femme écarquilla les yeux derrière ses lunettes.

  « T-tu connais le Satoshi Hiwatari, Loli-kun ?

  -C’est Ni-wa !, corrigea Niwa avec un air embarrassé.

  -Loli-kun ?, répéta Hiwatari en relevant un sourcil.

  -N-ne demande pas ! », s’indigna aussitôt son camarade en paniquant.

  Shiina laissa échapper un chuintement moqueur qui lui valu un regard noir de son nouveau camarade qui avait enfin libéré Hiwatari après que celui-ci ait accepté de s’asseoir. Un grand nombre d’étudiants, principalement des jeunes femmes, étaient en train de s’installer autour d’eux, tendant pour certains l’oreille pour écouter leur discussion et connaître la nature de ce jeune homme qui était venu saluer de la sorte « le Satoshi Hiwatari », mais étrangement cela ne dérangeait pas Niwa ; il fallait dire aussi qu’il était plus ou moins habitué à présent à cette réaction.

  « Satoshi et moi étions dans le même collège, expliqua Niwa pour répondre à la précédente question de Shiina.

  -Oh ! Comme ta petite Riku !

  -Mais… ! »

  Niwa s’apprêtait à rétorquer suite à la remarque de Shiina, mais il fut arrêté par le regard appuyé de Hiwatari, comme si celui-ci s’était exprimé à haute voix, ou plutôt comme si Niwa pouvait lire dans ses pensées par un simple regard, ce qui le fit enchaîner sur une autre réponse :

  « N-non, ce n’est pas ce que tu crois !

  -Je ne crois rien, répondit innocemment Hiwatari en détournant la tête.

  -Satoshi ! »

  La plainte de Niwa arracha des rires à Shiina, mais ceux-ci se calmèrent bien vite quand Hojo prit la parole, intrigué.

  « C’est surprenant que Hiwatari-san se retrouve dans cet établissement. »

  Niwa prit un air interrogateur face à cette remarque tandis que Hiwatari se retournait à son tour vers les deux nouveaux amis de son camarade.

  « Après tout, avec ses résultats et surtout ses apparitions dans le journal, je pensais qu’il prendrait plutôt une filière de droit, ou à la rigueur plutôt d’histoire des arts si on a un raisonnement un peu tiré par les cheveux. »

  Hiwatari plissa les yeux mais ne répondit pas. Ce silence mettait pour le moins Niwa dans l’embarras, puisque Hojo et Shiina se tournèrent alors vers lui en espérant qu’il se montrerait moins froid que son ami. Il ne pouvait tout de même pas dire que Hiwatari le suivait où qu’il aille.

  « Eh bien euh…

  -Les raisons qui me mènent à ce travail d’enquêteur ne sont pas liées à proprement dit à mes choix personnels, mais sont plutôt dues à un enchaînement de circonstances. Si Saehara n’avait pas découvert par ailleurs mon implication dans tout cela, vous n’auriez jamais été au courant. »

  Achevant ses explications, Hiwatari adressa un regard à Niwa. Celui-ci déglutit : Takeshi Saehara était également un ami qu’il s’était fait au collège, et sa passion pour le journalisme et plus précisément sur la raison de l’implication de Hiwatari dans certaines enquêtes l’avaient mené à se créer sa propre carrière avant même qu’il ne finisse ses études. Il n’avait pas fallu longtemps à cette fouine qui soit dit en passant est aussi le fils du commissaire autrefois en charge de l’enquête menée par Hiwatari et qui était déjà parvenu par le passé à se trouver pris dans les mésaventures dont étaient victimes Niwa et Hiwatari pour qu’il découvre finalement l’implication de son ancien camarade dans tout cela. Niwa baissa la tête d’un air penaud.

  « Désolé pour Takeshi…

  -T-tu connais aussi Takeshi Saehara ?! »

  Niwa releva la tête en entendant cette exclamation de surprise. Shiina ne semblait pas en croire ses oreilles, mais c’était compréhensible si l’on partait du principe que les deux amis de Niwa étaient devenus plutôt célèbres malgré leur jeune âge. Le jeune homme se gratta la nuque avec un sourire embarrassé.

  « Euh, c’est mon meilleur ami.

  -Sérieusement, souffla Shiina avec un air ahuris.

  -Loli-kun nous cache des choses.

  -Tu ne vas pas t’y mettre, Hojo-san ! »

  Hojo adressa un sourire narquois au visage embarrassé de Niwa tandis que Shiina se lançait à nouveau dans un rire incontrôlable. Niwa soupira, et soudain son regard croisa celui de Hiwatari. Celui-ci semblait le fixer avec insistance derrière ses lunettes, mais détourna la tête lorsqu’il croisa son regard. Des sueurs froides traversèrent la nuque du jeune homme : étrangement, toute la tension qui l’avait quittée plus tôt était revenue. Car en effet, Hiwatari n’était pas inconnu à son stress présent…

  « Oh, Loli-kun, tu dois être incollable sur le légendaire voleur fantôme ! »

  Ce nom arracha un nouveau frisson à Niwa qui grimaça fortement, surpris.

  « Qu-quoi ? »

  Hiwatari se remit à le fixer avec insistance, mais cette fois-ci avec un petit sourire en coin qui terrifiait grandement Niwa. On pouvait certes dire que Niwa était de loin celui qui s’y connaissait le plus à propos du voleur fantôme dont parlait Shiina à cet instant, mais elle ne pouvait pas savoir à quel point. Hojo sembla se réveiller de sa torpeur.

  « Il n’a pas relevé le Loli-kun », fit-il remarquer soudain.

  Niwa se mit à suer à grosses gouttes, mais Shiina ne voulait plus le lâcher.

  « Vas-y raconte, je suis complètement fan de Dark Mousy ! On pourrait fonder une association ?

  -Pardon ? », lâcha Niwa d’un air ahuris.

  Hiwatari laissa échapper un soupir amer, attirant involontairement l’attention de Shiina qui lui adressa un sourire amusé et désolé :

  « Désolé Hiwatari-san, mais j’ai toujours préféré les méchants. »

  L’intéressé se contenta de hausser les épaules avec désintérêt, peu enclin à s’inclure dans le débat en vérité. Niwa lui adressa un sourire embarrassé, et ce fut le moment que choisit enfin le professeur pour entrer dans la salle, lui permettant d’échapper à la question de Shiina que celle-ci avait déjà oublié. L’année promettait d’être mouvementée comme l’avait prévu Hojo selon ses dires, mais pour Hiwatari et Niwa c’était une toute autre histoire. La plupart des élèves étaient encore trop tendus pour se permettre de discuter pendant le cour, ou même de dormir ; ce n’était pas le cas de Hojo qui, comme l’aurait parié Niwa malgré sa découverte, un peu plus tôt, du jeune homme comme étant plus vif d’esprit sur le plan de la réflexion, avait rejoint les bras de Morphée aussitôt après le début de l’heure. Ils n’eurent que peu de temps à la mi-journée pour faire une rapide collation et en profiter pour faire connaissance, puis les cours se poursuivirent jusqu’au soir venu. En cette période de l’année, les journées se faisaient plus courtes, aussi lorsqu’ils furent libérés la luminosité à l’extérieur était assez limitée. Shiina et Hojo, qui avaient pris de l’avance sur Niwa et Hiwatari, les attendirent à l’entrée de l’établissement. La jeune femme leur adressa un sourire.

  « Vous voulez vous joindre à nous ? Nous voulions aller boire un verre pour marquer le début de l’année. Rien de bien grand, juste un petit verre, nous ne sommes pas des amateurs de soirées arrosées mais nous avons un endroit tranquille où nous aimons passer du temps. On vous invite si vous voulez. »

  Niwa glissa un regard vers Hiwatari sans répondre ni sembler réagir, semblant laisser son ami prendre les avants. En vérité, celui-ci secoua légèrement la tête d’un air des plus froids.

  « Je vais devoir refuser, j’ai quelque chose de prévu.

  -Même chose ici, enchaîna du même coup Niwa avec un sourire désolé. La prochaine fois sans faute, si l’on se prépare à l’avance. »

  Shiina prit un air légèrement déçu, mais malgré son habitude à plaisanter de manière un tant soit peu puérile elle réagit de façon particulièrement mature au refus des deux jeunes hommes, leur souriant avec douceur.

  « Bon, c’est bien dommage. Vous avez raison, la prochaine fois nous nous organiserons mieux puisque nous vous connaissons maintenant. Vous n’aurez qu’à venir boire un coup chez moi pour l’occasion. Bien, du coup nous allons vous laisser, passez une bonne soirée !

  -À demain », appuya Hojo avec une rapide inclinaison de la tête avant de suivre son amie.

 Niwa les regarda s’éloigner, un sourire aux lèvres, avant de voir Hiwatari traverser la route à côté sans lui adresser un regard. Il n’essaya pas de l’arrêter, et ne pris pas en vérité la peine de lui dire au revoir. Ce n’était pas nécessaire, car la nuit déjà tombait…

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