KAMEREON

Home Run !

 Fiction supposée tourner autour du baseball et d'une relation homosexuelle, Home Run s'est développée depuis plusieurs années avec l'apport de quelques auteurs en herbe (Shirobaka qui a inspiré la base de l'histoire, Loupio qui inspira Dante et Misu qui permettra un futur développement des personnages en général) pour aujourd'hui devenir un projet de Light Novel yaoi. L'écrit présent est un prototype du chapitre 1, datant de plusieurs années déjà, de comment Home Run se présentait à ses débuts. L'histoire est présentée du point de vue de Hiroshi Maeda, un jeune japonais lycéen issu d'une famille aisée qui joue le modeste rôle de ramasseur de balle dans une des deux équipes de jeunes de sa ville.

La balle fila au travers du vent sans se soucier de la bise. Elle dévia à peine de sa trajectoire quand une bourrasque souffla, et alla se perdre au delà des grilles du terrain.

« Home Run ! »

Et voilà, encore une à aller chercher à trois kilomètres. Décidément, je devais être le ramasseur de balles de baseball le plus malchanceux qui soit. Et dire que les autres sont jaloux de moi parce que j'aide en tant qu'assistant l'équipe du meilleur joueur lycéen. Moi, ce Kyo, j'aurai plutôt tendance à vouloir l'étrangler à dire vrai. Enfin, bien forcé de me lever en sentant le regard appuyé et menaçant de l'entraîneur de l'équipe Chocoblack, l'équipe de baseball de notre lycée, je me dirigeais d'un pas lent et désinvolte vers la sortie du terrain. Oui, y'en avait marre de ce blondinet aux yeux bleu-gris, avec ses beaux sourires et sa naïveté, quand bien même qu'il soit classe quand il joue il reste une mauviette dans tous les sens du terme, et peu m'importe qu'il n'y ai qu'un seul sens !

Enfin, ce n'est pas censé être le problème de l'assistant de toute évidence. Ou plutôt si : pourquoi je dois toujours aller chercher la balle dans le lac derrière le terrain ?! Il y avait franchement de quoi s'arracher les cheveux. Vous m'en voulez les gens ! Avouez-le au moins ! Je soupirais. Moi, Hiroshi, étudiant dit délinquant parce que je me suis coloré les cheveux – bah quoi, les yeux noirs avec les cheveux noirs ça la fait pas, je préfère encore des cheveux rouges – au lycée et assistant de l'équipe des Chocoblack – merde, qui a trouvé un nom aussi stupide que je lui éclate la face ?! – je n'ai jamais mon mot à dire à part pour interpeler le lanceur – qu'il récupère ses balles tout seul cet idiot ! Vous vous demandez sans doutes ce que je fais dans cet équipe si cela ne m'intéresse pas plus que ça ? Bah ! Dans ma famille, les garçons sont inhérent du sport, si vous voyez ce que je veux dire. Ce serait la honte pour ma mère, paraîtrait-il, que je ne fasse pas du sport, alors bon je lui mens pas vraiment si je lui dis que je fais partie de l'équipe des Chocoblack, après tout je suis leur ramasseur de balles.

Un ramasseur de balles avec de l'eau jusqu'aux genoux et les bras dans la vase ! Tiens, j'ai l'impression d'avoir touché quelque chose de gluant... Enfin, au moins ma mère ne risque pas de me voir dans cet état, elle ne va jamais voir les matchs, quant à mon père il passe ses journées à dormir, un vrai oiseau de nuit, il ne travaille qu'une fois la lune levée. A croire que je suis le fils d'un vampire, si ce n'est d'un fantôme ou d'un zombie ! Il ferait presque peur à voir, en tous cas ça me réveille bien vite le matin...

Enfin ! Je sors victorieusement la balle d'entre les algues et la vase. Un air de dégout passe sur mon visage : comment les gens peuvent-ils jouer avec cette... chose ? Même quand elle est crade ils trouvent toujours le moyen de jouer avec, de véritables chiens. En attendant, c'est moi qui vais chercher et qui ramène ! La honte quoi, y'a que ça à dire. J'pourrais pas être un mec normal avec une famille normale dans un lycée normal et qui passe normalement ses journées à paresser – normal quoi ! Non, bien sur, je suis forcé de me coltiner une équipe de boulet avec un batteur professionnel qui passe son temps à envoyer les balles à l'autre bout, toujours dans le même lac, coincé avec les mêmes algues et la même vase ; je suis persuadé qu'il a aussi calculé au centimètre près pour m'envoyer toujours au même endroit !

Je parviens enfin à m'extirper du lac. Mes chaussures sont toujours aussi foutues, mais je peux y ajouter également mon jean qui a, cette fois-ci, sérieusement souffert en étant déchiré contre un rocher. Au moins j'ai compris la leçon : plus de chaussettes pendant que je suis au club, au risque de baigner toute la journée dans un liquide puant et peu attrayant. Je retire mes baskets en vidant leur contenu dans le lac, puis les remet à contre-cœur avant de reprendre le chemin du terrain. Et c'est comme ça tous les jours, vous imaginez vous ?

Enfin, tant qu'on me demande pas de tenir la batte ou de rester enfermé dans la même pièce que ce batteur surdoué, ça me va à peu près. Quoi que le regard du manager se fait de plus en plus meurtrier dernièrement. J'hésite même à retourner sur le terrain quand je vois sa large face me fixer avec ses grands yeux de bouledogue. Il cherche vraiment à me faire fuir, c'est définitif, ou alors il lui vient une irrésistible envie de me mordre. A cause de la balle vous croyez ? J'ai encore moins envie de l'approcher sur le coup...

« Hiroshi ! La balle ! »

Ouais, bon, la voilà votre balle. Toujours aussi impatients – ils ont pas assez pour acheter d'autres balles ? Bon, okay, la plupart ont été perdues au fond du lac à cause de monsieur le sur-doué ; celui qui fera de la plongée sous-marine ici découvrira un véritable trésors à mon avis avec toutes ces balles. Mais en l'occurrence, ce serait plutôt à moi que reviendrait le droit de découvrir un trésor pour m'échapper de ce terrain maudit, quand bien même qu'il y ai un joueur de baseball surdoué dans l'équipe. Un surdoué qui me fait étrangement face tout d'un coup. Qu'est-ce qu'il me veut avec ses yeux de merlan frit, ma photo peut-être ?

« La balle.

-Quoi ?

-Est-ce que tu pourrais me donner la balle s'il-te-plait ? »

Raah ! Fichu sourire innocent ! Je déteste sa belle gueule à ce mec, et sa célébrité m'exaspère encore plus. Je lui enfonce la balle dans la main avec un air rageur et me dirige au plus vite vers le banc le plus proche, ignorant le regard surpris et interrogateur qu'il m'adresse. Qu'ils se débrouillent ces imbéciles ! En entrouvrant un œil, j'ai le malheur de voir que Kyo a toujours les yeux fixés sur moi. C'est quoi son problème à ce type ? Et il trouve encore le moyen de me sourire avec ça. Je soupire de désespoir devant une scène si pathétique. Qu'il aille jouer avec sa jolie baballe, moi j'ai mieux à faire. Comme m'endormir tranquillement à l'ombre, la seule ombre du terrain que je me réserve évidemment. Je ne suis pas assez fou pour aller me faire déboussoler à cause du soleil. Surtout si c'est pour après ressembler à cette... chose.

Comprenez que je ne reproche pas à Kyo son côté « aimant » qui fait qu'il est toujours entouré d'une groupe de personne à part quand il me demande cette fichue balle, disons que je lui reproche surtout sa stupidité infâme et son adorable petit sourire d'ange – beurk ! Sourire autant, c'est malsain, tout simplement. Je me laisse choir sur le banc, étalé de tout mon long et profitant d'une légère brise. Je peux bien, après tout il va falloir que je me lève dans quelques minutes quand ce sera à nouveau au tour de Kyo – à croire qu'il n'y avait également que lui de doué dans l'équipe s'ils n'avaient besoin de ramasseur de balles que dans ces conditions. Les autres avaient tendance à plus se viser les uns les autres qu'à tenter d'envoyer la balle le plus loin possible. Oui je n'ai aucune connaissance en baseball, juste le minima appris en cours d'EPS au collège, mais tout de même je sais qu'il ne faut pas viser les receveurs nom d'un chien !

Ils semblent s'amuser en plus, c'est ça le pire. C'est pas en riant comme des idiots qu'ils réussiront à faire quoi que ce soit de leur équipe ! Déjà que leur nom est stupide – qui irait appeler son équipe les chocolats noirs ou je ne sais quoi ?! – leurs joueurs ne sont pas mieux, et à part cet imbécile de Kyo y'en a pas un pour rattraper les autres. En plus c'est moi qui me prends tout auprès du manager à cause d'eux. Bon, d'accord, ma fainéantise y est aussi un peu pour quelque chose, mais eux aussi ils foutent pas grand chose !

Bref, l'équipe en elle-même ne vole pas plus haut que les bras-cassés qui ont une chance incroyable d'avoir parmi eux un batteur de génie. Ils ont aussi beaucoup de chance qu'il y ai un imbécile qui accepte d'aller chercher leur dernière balle dans ce fichu lac. Rah, Kyo, un de ces jours je le tuerai lui et ses fichus sourires. Une chance que je ne sois QUE ramasseur de balle dans cette équipe, j'ai pas comme ça non plus obligation à le supporter pendant les matchs et les sorties de groupe puisque je peux rester chez moi à rien faire ces jours-là – vive les rôles inutiles – quoi que je me force à sortir un peu. Si je me faisais surprendre par ma mère ou Tetsuya – le mari de ma mère – j'veux même pas imaginer la réaction, alors autant leur faire croire que je fais vraiment parti de l'équipe en tant que joueur.

« Hiro... »

J'entrouvrais un œil, lançant un regard assassin à l'idiot qui osait me déranger. Kyo sursauta, reculant d'un pas en prenant un air désolé. Quoi, qu'est-ce qui me veut encore ce fichu ange de mes deux ? Je peux savoir qui lui a permis de m'appeler par mon surnom ? Je me relevais avec un air exaspéré, ne cachant pas mon impatience de retourner tout de suite à mon "repos bien mérité", aussi s'empressa-t-il de reprendre d'une voix trahissant son côté timide et maladroit :

« Je... Euh... Tu viens avec nous ce soir ? On va fêter notre réussite de la veille. »

La veille effectivement, grâce à leur tactique du grand chelem – vous savez, quand un batteur réussit à dégager la balle suffisamment loin pour faire un Home Run et permettre à trois joueurs déjà sur les autres bases de marquer des points, ça fait quatre points d'un coup, eh oui à force de regarder j'ai fini par comprendre quelques bases sur ce sport tout de même – l'équipe avait réussit à vaincre sans grandes difficultés leurs adversaires. Évidemment que je n'y étais pas, vous me prenez pour qui. Mais comprenez que Kyo traîne derrière lui un bon fanclub de nanas en jupes courtes aux rires hystériques qui n'ont de cesse de parler de lui partout où elles vont, un parfait moyen de pas oublier cet idiot en somme.

« Quoi, vous voulez que j'vous accompagne ? », grognais-je sèchement.

Kyo hocha la tête avec un grand sourire innocent. C'est pas vrai, mais quel boulet c'ui-là j'vous jure, il a rien d'autre à faire que penser que je pourrais les suivre – comme un chien, quelle coïncidence – pour aller fêter leur victoire.

« T'as vu ma tête ?, rétorquais-je d'une voix plus forte. J'vais pas vous suivre juste pour tes beaux yeux espèce d'idiot ! Sur ce, si vous avez terminé l'entrainement... »

Je me relevais avec un soupire exaspéré, sortant du terrain sans plus attendre. J'avais rien à récupérer de toutes manières, rien sur moi à part ces baskets pourries qui depuis le temps laissaient passer l'eau. J'avais vraiment rien d'autre à prendre pour aider à aller chercher une balle de toutes manières. Sans plus attendre je prenais le chemin pour aller chez moi. Ça changeait pas de d'habitude, on avait toujours vécu comme ça. J'avais toujours vécu comme ça. Comprenez que monsieur a bien d'autres choses à faire lui, ce génie avait toujours de nouvelles surprises chaque jours.

Moi je vivais normalement, et tant mieux. J'avais une vie à peu près tranquille, personne ne savait rien de moi et je ne savais rien de personne. Je passais mon temps à traîner sans personne, je n'avais besoin de personne et personne n'avait besoin de moi, c'était ainsi que je voyais une vie presque parfaite. Il ne manquait plus qu'une chose : que Kyo disparaisse définitivement de ma vue, qu'il arrête de monopoliser ma vie tout simplement. Je ne voulais plus voire sa belle gueule sur le terrain, ni même aller chercher à tous bouts de champs ses Home Run. Avec lui en moins, tout aurait été parfait.

Je n'avais pas de rêve, à quoi bon. Il faut dire que mon avenir est déjà tout tracé. Les filles m'intéressent pas – chuis pas pour autant gay, rêvez pas trop – puisque de toutes manières elles sont toutes pareilles. Œuvre du démon, c'est tout ce qui peut expliquer la cruauté de ces pestes tout simplement. De toutes façons, pourquoi m'y intéresser : mes parents avaient sans doutes prévu de me lier à je ne sais quelle fille de bonne famille.

Eh oui, Hiroshi le délinquant est en réalité fils de riche. Tetsuya est chef d'une grande entreprise. Petit souci que je n'ai jamais expliqué : il travaille de nuit uniquement, du coup je le vois presque jamais. Juste quand il s'apprête à aller dormir le matin et quand il se réveille le soir, vous voyez le genre ? Quant à ma mère... Eh bien pendant des années j'ai jamais su ce qu'elle faisait. Elle est toujours à la maison en train de traîner au deuxième étage, et j'ai jamais essayé d'aller voir là-haut vu le bordel qu'il y a déjà dans les pièces du premier étage et du rez-de-chaussée. C'est pas vraiment en bazar, c'est même très bien rangé, mais il faut dire que je connais même pas ne serait-ce qu'un peu le contenu des tiroirs de la salle de bain alors bon. Bref, cela fait à peine deux mois que je sais qu'elle est une grande critique... Vous voyez le genre.

Bref, ma vie est déjà toute tracée. Je dois juste faire du sport pendant que je suis encore jeune puis Tetsu m'entraînera sans doutes dans sa fichue entreprise de laquelle je prendrais les reines quand il ne sera plus là, donc bon, pour eux, tant que je ne suis pas un imbécile et que je suis dans une équipe de sport, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. On peut dire que c’est ma part de liberté. Même si elle était entachée par une certaine personne qui n’avait rien de normal au final...

« Hé, le chien ! »

Je me retournais alors que j’allais ouvrir la porte de chez moi. Je reconnaîtrais cette voix entre mille : après l’ange du terrain, voici le démon qui sortait. Lui, c’était un Américain qui était venu habiter pas loin d’ici et qui jouait dans l’autre équipe de baseball locale. Grand, costaud, une méchante gueule de beau gosse froid et mauvais, bref il avait tout pour plaire aux filles qui recherchaient un côté plus sombre que celui de Kyo.

« Dante...

-Mais quel manque de politesse envers son maître le chien », répondit-il avec un sourire narquois.

Je l’ignorais. Je n’avais pas à lui parler, surtout s’il le prenait sur ce ton. Je tournais la clé dans la serrure de la porte de chez moi, mais alors que j’allais entrer, je sentis soudainement un bras encercler ma gorge et me tirer en arrière. Je laissais échapper une exclamation étouffée, surpris, même si je savais pertinemment qu’est-ce qui venait de me tirer ainsi du pallier de ma propre maison...

« Tu veux pas parler ? D’accord, alors je vais faire la conversation : il paraît que tu fais ramasse-balle à l’autre équipe là, les... Chocolats ? »

Presque ça, essaie encore...

« C’est que ça doit pas être cool de ramasser les balles de l’autre mauviette hein ? Rien qu’à voir tes godasses. »

Je haussais les épaules en baissant les yeux sur mes baskets. Elles sont très bien mes chauss... Bon, okay, c’est pas les sandales de Cendrillon non plus...

« En plus, un gars comme toi avec tant de mérite : un père chef d’entreprise, une magnifique maman... T’as de quoi avoir du fric dans les poches aussi.

-Si c’est ce que tu cherches va escroquer quelqu’un d’autre, j’ai pas d’argent de poche.

-Quoi, tu me prends pour un racketteur mon petit chien ? »

Je lui lançais un regard noir : il pouvait être tout et n’importe quoi pour moi, ça m’était égal. Mais ce que je détestais le plus chez lui, c’était cette manière de se comporter comme si de rien n’était envers moi, je faisais tout pour l’éviter mais lui apparaissait toujours au moment où il ne fallait pas, le plus souvent après les match, et ce depuis qu’il m’avait vu au lycée accompagné de Kyo qui tentait tant bien que mal et bien vainement encore de m’inviter à l’une de leurs soirées pour fêter une précédente réussite. Je sais pas comment il a trouvé que j’étais ramasseur de balles, mais il gagnera rien à le savoir. Il a dû traîner au terrain tout à l’heure et voir les autres idiots s’entraîner dans "la bonne humeur". Il a vraiment rien d’autre à faire. Je relève son bras de sur mes épaules et fait demi-tour pour rentrer chez moi. À peine j’ai poussé la porte que soudainement ma mère apparaît.

« AH ! ‘Tain mais tu peux pas laisser la porte ouverte quand t’es à la maison ?!

-Pourquoi, je suis chez moi quand même, rétorqua ma mère d’un air sévère ; son regard s’adoucit en retombant sur Dante. Tiens, un de tes amis du baseball ? »

Je prenais une mine indignée : comment pouvait-elle penser un instant que lui et moi nous pouvions être amis ? Dante ramena sa batte sur son épaule ; et lui, qu’est-ce qu’il fout avec sa batte ici, il comptait me tabasser dans un coin de rue ou quoi ?!

« B'jour ma'ame !

-Bonjour, euh... ?

-Dante ! Dante Reed, enchanté. »

Et le voilà qui fait son sourire charmeur. Après on s’étonne que je déteste sourire, quand je vois ce que ça donne avec les deux autres idiots ça ne me donne pas vraiment envie de le faire... Ma mère par ailleurs sembla parfaitement charmée par la chose, ses joues rosissant légèrement. Elle était très pâle à force de rester enfermée dans sa bibliothèque, et très souvent quand on la voyait elle était habillée détendu avec les cheveux relevés en queue de cheval et les lunettes sur le nez ; elle devait nous avoir vu venir présentement, puisqu’elle avait relevé ses cheveux en une coiffure originale et classieuse, avait mis une pointe de maquillage, les derniers bijoux qu’on lui avait offert – je croyais qu’elle les détestait... – et la dernière robe qu’elle avait achetée avec Tetsuya la dernière fois qu’ils sont sortis ensemble. Je soupirais face à l’expression enchantée qu’elle avait sur le visage face à Dante ; face à ce rat...

« Moi de même, je suis Seki Maeda, la mère d’Hiro-chan.

-Bon ! Content d’avoir joué avec toi Dante, mentis-je d’une voix sèche, mais maintenant j’ai des devoirs à faire, salut !

-Je pourrais t’aider ? »

J’allais refermer la porte de la maison pour me débarrasser définitivement de lui mais ma mère me retint, rouvrant aussitôt la porte avec un grand sourire éclatant ; non, maman, ne fais pas ça !

« Tu ferais ça ? Ce serait merveilleux !

-C’est pas à toi qu’il a proposé de l’aide maman, soupirai-je avec exaspération. Je sais encore faire mes devoirs aux dernières nouvelles.

-Alors tu m’aiderais ? Merci », décida Dante sans attendre de réponse.

Son visage si froid et mauvais à l’accoutumer avait pris une expression douce et amusée, un peu taquine ; beurk, je déteste ce gars, plus encore que Kyo. J’allais refuser à nouveau mais maman l’invita à entrer sans prévenir, refermant la porte derrière lui comme pour m’intimer l’ordre de ne pas la contredire. Je n’avais jamais invité d’ami à la maison, faut dire aussi que j’avais pas vraiment de potes à inviter et les trois seuls qui s’approchaient de moi je préférais encore préserver leur vie d’insouciance, connaître ma mère risquerai de nuire à leur santé. À leur santé et à la mienne, surtout. Dante fit quelques pas dans la maison en admirant l’entrée ; quoi, elle avait rien de spécial cette entrée, à part le grand escalier de marbre et les innombrables décorations hyper chères que ma mère achetait régulièrement. Elle et Tetsuya avaient décidé bien avant d’habiter ensemble que leur maison aurait un style occidental plutôt que japonais comme l’aurait voulu nos origines, résultat grâce aux habitudes que ma mère avait de toujours voir les choses en grand, on habitait une sorte de château avec domestiques et j’en passe et des meilleures.

« C'est une belle demeure, adressa-t-il à ma mère avec un sourire.

-Mais ce n'est rien, répondit ma mère avec un gloussement.

-Juste trois fois la fortune d'une personne normale », soupirais-je en me retournant pour remonter les escaliers.

Dante pris un air surpris à cette phrase alors que ma mère se tournait vers moi, les mains sur les hanches d'un air sévère. Je soutenais son regard mais m'arrêtais tout de même sur la quatrième marche, préférant éviter des représailles trop grandes.

« Où vas-tu Hiroshi ?

-Dans ma chambre, répondis-je sèchement, j'ai des révisions tu te souviens ? »

Cette fois-ci, maman sourit joyeusement. Je déteste quand elle décide de ma vie et à la fois j'peux pas faire autrement, mais autant le fait d'avoir un avenir tout tracé me convient, autant devoir supporter ses caprices m'exaspère... Mais merde quoi, pourquoi j'dois supporter Dante en plus aujourd'hui ?! Je lance un regard noir à ce crétin de batteur quand celui-ci me rejoint dans les escaliers avec un sourire qui se veut innocent. Je le hais... Mais quitte à choisir entre la colère de ma mère et le supporter, je préfère encore me le coltiner, y'aura qu'à le bâillonner pour qu'il me laisse tranquille. Lorsqu'on traverse les couloirs du premier étage, Dante laisse échapper un long sifflement :

« Waw, ça c'est de la baraque.

-Que de la frime, rétorquais-je. Tâche au moins de pas te perdre.

-Quoi, dans une maison ?

-J'ai mis huit ans pour réussir à retrouver mon chemin tout seul. Enfin... dans le premier étage. »

Dante m'adresse une mine perplexe alors que j'arrive devant la porte de ma chambre. Je l'ouvre avec un soupir exaspéré et me dirige directement vers mon bureau.

« Bon, moi j'ai des révisions, alors tu t'occupes comme tu peux mais me fais pas chier.

-Ne devions-nous pas réviser ensemble ? »

Je lui lance un regard noir.

« Rêve...

-C'est pourtant la part du contrat qu'a imposé ta mère.

-Ma mère dit ce qu'elle veut, mais j'ai pas besoin de toi ; pourquoi t'es venu me voir d'ailleurs ? T'en a pas marre de me suivre comme un petit chien ?

-N'inverse pas les rôles. »

Je tourne la chaise de mon bureau pour lui faire face, ne cachant pas ma haine envers lui ; il a beau dire, il a plus l'air d'un chien présentement que ce que moi j'en ai l'air. Je me remet à mon travail avec un long soupir : c'est pas la peine de se fatiguer avec cet imbécile, il se fatiguera tout seul. C'est pas que travailler m'enchante, généralement je fais le strict minimum, mais si ma mère décide de débarquer autant avoir l'air de réviser. Je commençais tout juste à comprendre un théorème quand justement elle ouvrit soudainement la porte.

« Oh, ça travaille déjà ?, gloussa-t-elle.

-Non on est en train de dormir, soupirai-je encore. Bien sûr qu'on travaille.

-Vous voulez des boissons ?

-Avec plaisir ! »

Je lançais un regard noir à Dante mais celui-ci se contenta de me sourire. Pourquoi cet idiot s'était intéressé à ce point à moi sans raison apparente et surtout pourquoi il m'avait suivi jusqu'ici ? Il n'avait rien à faire chez moi, ça m'insupportais de le savoir dans MA chambre en train de sympathiser avec MA mère. Mais quelques minutes plus tard à peine, sans vraiment que j'ai le temps de comprendre pourquoi, ils étaient tous deux dans ma chambre, lui assis sur une chaise à côté de moi près du bureau, et elle riant au milieu de la chambre, chacun avec un verre – d'alcool pour de rien arranger puisqu'elle avait sans doutes profité du fait que Dante était un buveur d'alcool puisque étant né dans un pays où la majorité se situait à 18 ans – m'empêchant ainsi joyeusement de travailler en paix...

« Et là, il me dit avec sa petite voix, "Maman, tu viens de t'asseoir dessus !"

-Vraiment ?

-Vous avez fini oui ?! »

Maman me lance un regard sévère auquel je répond du même tout en m'empressant d'ajouter :

« Je cherche à travailler au cas où vous l'aurez pas remarqué ! Et d'ailleurs maman, tu devrais faire de même !

-J'ai fini figure-toi.

-Eh ben va te relire ça t'occupera !

-C'est comme ça qu'on parle à sa mère ? »

Je soupire d'exaspération mais maman semble avoir compris, car elle sort enfin, me laissant pouvoir travailler cette fois-ci. Enfin, du moins jusqu'à-ce que Dante vienne se pencher par dessus mon épaule avec son odeur de vin blanc...

« Alors, ça avance ?

-Ouais, tant que t'es pas là.

-Oh, que d'impolitesse !

-Qu'est-ce que tu fous là à la fois ? »

Dante se rassied correctement, un sourire au coin des lèvres d'un air amusé.

« Je rend visite à un ami.

-Depuis quand j'suis ton ami j'te prie ?

-Oh, on va pas chipoter sur les appellation, répondit Dante avec un rire narquois.

-Rentre chez toi.

-Hein ? »

Je retourne ma chaise de bureau vers lui, croisant les bras avec un grognement ronchon.

« J'dois le dire en quelle langue ? J'veux pas te voir !

-Ta mère m'a invité.

-Retourne voir la tienne !

-Je n'ai plus de mère. »

Je me fige sur le coup. Quoi ? Il n'avait pas de mère ? Sur le coup, je me sentais un peu bête, jouant des doigts avec la manche de ma chemise d'un air embarrassé. Dante avait perdu un court instant son sourit mais le reprit aussitôt avec un air amusé.

« Enfin, c'est surtout qu'elle m'a abandonné et détesté, on a fuit au Japon avec mon père dès qu'il a divorcé.

-Elle... te détestait ?

-Elle me battait.

-Désolé... »

Dante ricane une peu, se retournant vers la fenêtre pour regarder au dehors d'un air détendu.

« Je sais que tu l'es pas.

-Si, j'te jure, moi j'ai ma famille elle est pas géniale mais j'en ai une complète, ça doit faire mal quand même d'être détesté par sa mère...

-Ouais. »

Je baisse les yeux sur ma feuille. J'avais pas imaginé que Dante aurait une famille comme ça, je pensais qu'il avait une situation stable avec une famille bien complète, complice, voire même plutôt riche même s'ils pouvaient pas l'être autant que ma famille je pense, sinon je l'aurai rencontré à une quelconque rencontre organisée par une des familles riches du coin. Alors que j'allais retourner à mon travail pour cacher ma gêne, non avec plaisir puisque je sentais une boule dans mon estomac et avais perdu toute volonté de réviser, Dante se pencha à nouveau par dessus mon épaule.

« T'as des frères et sœurs ?

-Non, soupirai-je, ma mère a toujours préféré avoir un fils unique. Mais mon oncle a presque mon âge.

-Le frère de ton père ?

-Non, de ma mère.

-Oh. »

Je relève un peu les yeux vers lui pour le dévisager, curieux. Je me demande pourquoi sa mère a été ainsi, moi la mienne je l'aime pas vraiment mais elle n'est pas si terrible non plus. Dante me dévisage alors fixement :

« T'as pitié ?

-Quoi ? Non !

-Si, je le vois dans tes yeux.

-Mais pas du tout...

-T'as pas honte de me regarder avec pitié ? »

J'aime pas comment il me parle, ça m'énerve, mais je détourne les yeux pour ne pas lui lancer un regard noir, soupirant.

« Désolé, c'était pas voulu.

-Alors tu me dois quelque chose.

-Quoi ?!

-Tu as parlé de ma mère et m'a regardé avec pitié, si tu veux que je te pardonne il va falloir tout faire pour, me fait Dante avec un air évident.

-Tu plaisantes !

-Tu voudrais rester avec une dette envers moi ? »

Je grimace : je déteste devoir quelque chose à quelqu'un, et encore plus à quelqu'un comme Dante. Mais d'un autre côté, je ne m'abaisse pas à fuir mes responsabilités quand j'en ai. D'autant plus que j'avouais avoir fait erreur en parlant de sa mère, quand bien même que je n'étais pas au courant... Je soupire, prenant un air boudeur.

« Quoi, tu vas me demander quoi alors ? De t'inviter à dîner ?

-Non, j'ai un rendez-vous ce soir. Par contre... »

Il détourne les yeux vers le fenêtre en tâtant son menton de ses longs doigts, semblant réfléchir ; je vois pas en quoi je pourrais aider un mec comme lui, et surtout je me demande bien ce qu'il peut s'imaginer au final, mais la réponse ne tarde pas à venir :

« Un rendez-vous.

-Quoi ?

-J'te donne rendez-vous ce week-end, samedi au terrain vague vers 11 heures.

-Comment ça rendez-vous ?

-Un rendez-vous galant évidemment. »

Soudain, je tombe de ma chaise, un boucan du diable suivant cette chute alors que sur mon visage se dessine un air ahuris. Quoi, cet idiot est gay ?! Ma mère arrive soudain en courant dans ma chambre :

« Vous allez bien ?!

-Ne vous inquiétez pas, répondit Dante avec un rire, juste une mauvaise chute due à une mauvaise blague.

-Mauvaise blague ? »

Je laisse échapper un long soupir de soulagement. Il aurait manqué plus que ça, Dante homosexuel, et puis quoi encore... Ma mère prit un air peu convaincu mais sortit de la chambre, refermant la porte derrière elle en s'éloignant à petits pas dans le couloir. Dante se relève alors, me tendant la main pour m'aider à me lever :

« Évidemment que je vais pas t'inviter à sortir, andouille, j'ai ma popularité à préserver ! »

Je pris une mine dégoûté : il sous-entend qu'il pourrait sortir avec un garçon si ça cassait pas sa popularité alors ? Je soupire à nouveau en me relevant grâce à son aide, et remettant ma chaise de bureau en place me décidait à aller m'asseoir plutôt sur mon lit alors que Dante se rasseyait sur sa chaise mise à l'envers, croisant les bras sur le dossier avec un sourire amusé.

« J'ai juste un service qu'il faudrait que tu me rendes ce jour-là à cette heure précise pendant la journée.

-Quel genre de service ?

-Tu t'imagines quoi ? Toi, moi, tout seuls au terrain vague... »

Je deviens vert, et lui éclate de rire.

« Idiot de chien va, te fait pas piéger deux fois !

-Nan mais sans rire, tu veux quoi ?

-Tu le verras bien quand tu seras sur place. »

J'aime pas vraiment le regard qu'il prend, il me semble presque trop sérieux. Je ne vois pas vraiment ce qu'il pourrait me demander de faire, après tout ses résultats scolaires ne sont pas trop mauvais, il a la côte auprès des filles – et même auprès des garçons j'imagine – et est doué en sport, il n'y a vraiment rien qu'il puisse demander. Sauf peut-être dans sa famille... Mais je ne peux rien faire pour ou contre sa mère, et je ne pense pas qu'il me sorte qu'il veut que je sois son petit frère, il ne manquerait plus que ça. D'abord il ne m'aurait pas donné rendez-vous un jour précis à une heure précise. Alors que je le dévisageais pour tenter de comprendre ce qu'il me demanderai, il se retourna et pris mon cahier, l'ouvrant à la page du dernier cour en lisant rapidement quelques lignes.

« Les mathématiques, hein...

-Géométrie.

-Bon, alors on se met au travail ? »

Je le regardais d'un air surpris mais il se mit soudain à m'interroger. Quel drôle de mec quand même. J'ai hâte et à la fois pas tellement hâte d'être à Samedi ; qu'est-ce qu'il demanderait ?

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